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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2425081

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2425081

mercredi 12 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2425081
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. E, ressortissant camerounais, contestant l'arrêté du préfet de police du 19 août 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et prononçant une interdiction de retour de 24 mois. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, et a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a estimé que, selon l'avis du collège de médecins de l'OFII, M. E pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, le Cameroun.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 septembre 2024 et le 7 décembre 2024, M. D E, représenté par Me Cheunet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2024 par lequel le préfet de police de Paris lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour sans délai à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que l'arrêté :

- est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Rohmer a lu son rapport au cours de l'audience publique. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant camerounais, né le 22 février 1975 à Yaoundé, entré en France en 2020 selon ses déclarations, a sollicité le 11 mars 2024 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Par un arrêté, en date du 19 août 2024, le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00924 du 8 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spéciaux n° D77-08-07-2024 le même jour, M. C B, attaché d'administration hors classe, a reçu délégation pour signer en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle les principaux éléments de la situation administrative, personnelle et familiale du requérant. La décision attaquée comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle du requérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens des dispositions précitées, il convient seulement de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. E, le préfet de police de Paris a estimé, au vu de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 19 février 2024, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que M. E souffre d'une schizophrénie paranoïde sévère qui a justifié au moins une hospitalisation d'office ainsi que des soins constants. L'intéressé soutient ne pas pouvoir bénéficier de manière effective d'un traitement adapté au Cameroun en raison du coût élevé et de la qualité moindre des soins au Cameroun. Il produit au soutien de ses allégations un certificat médical du 15 novembre 2022 faisant état des symptômes de sa maladie et indiquant qu'il ne sera pas en capacité d'accéder aux soins nécessaires à son état au Cameroun faute de moyens financiers et de soutien familial, ainsi qu'une étude sur l'accès aux soins au Cameroun. Toutefois ces seules pièces sont insuffisantes pour contredire l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII sur la possibilité pour l'intéressé de bénéficier de soins dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. Enfin, il résulte de ce qui précède que M. E n'établit pas que son état de santé nécessiterait qu'il demeure sur le territoire français. L'intéressé, qui déclare être entré en France en 2020, est célibataire et sans charge de famille sur le territoire et ne se prévaut d'aucune attache privée ou familiale. En outre, il n'atteste d'aucune insertion professionnelle. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de M. E doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejeté en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 10 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2025.

Le président-rapporteur,

Signé

B. ROHMER

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. DOUSSET

La greffière,

Signé

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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