mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2425193 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET ARSENE TAXAND (SELAS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 20 septembre et 11 octobre 2024, la société Quisksign, représentée par Me Andres, demande au juge du référé administratif statuant en matière fiscale :
1°) de décider que les garanties qu'elle a offertes au service des impôts des entreprises de Paris 1er et 2ème arrondissements à l'appui de sa demande de sursis de paiement de la somme de 2 488 358 euros, correspondant à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices 2018 à 2020, sont propres à assurer le recouvrement de la créance du Trésor et doivent être acceptées par le comptable public ;
2°) d'enjoindre à l'administration fiscale de lui accorder le sursis de paiement de l'imposition contestée.
Elle soutient que le nantissement proposé de son fonds de commerce, valorisé à hauteur de 35,8 millions d'euros, peut constituer l'une des garanties prévues par l'article L. 277 du livre des procédures fiscales.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 27 septembre et 14 octobre 2024, la directrice régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête en référé est recevable dès lors que la somme de 248 835,80 euros a été consignée par les requérants conformément aux dispositions de l'article L. 279 alinéa 2 du livre des procédures fiscales ;
- la garantie apportée n'est pas de nature à assurer le paiement de la dette fiscale en cas de défaillance.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Sorin pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par une réclamation en date du 15 avril 2024 assortie d'une demande de sursis de paiement, la société Quicksign a contesté le bien-fondé des redressements portant sur l'impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre des exercices 2018 à 2020, pour un montant de 2 488 358 euros. Sa proposition de nantissement de son fonds de commerce ayant été refusée par le comptable des finances publiques en charge du recouvrement par des décisions des 29 août et 19 septembre 2024, la société requérante demande au juge du référé fiscal d'accepter les garanties proposées.
2. Aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. Lorsque la réclamation mentionnée au premier alinéa porte sur un montant de droits supérieur à celui fixé par décret, le débiteur doit constituer des garanties portant sur le montant des droits contestés (). " Aux termes de l'article L. 279 du même livre : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires, lorsque les garanties offertes par le contribuable ont été refusées, celui-ci peut, dans les quinze jours de la réception de la lettre recommandée qui lui a été adressée par le comptable, porter la contestation, par simple demande écrite, devant le juge du référé administratif (). Le juge du référé décide dans le délai d'un mois si les garanties offertes répondent aux conditions prévues à l'article L. 277 et si, de ce fait, elles doivent être ou non acceptées par le comptable. Il peut également, dans le même délai, décider de dispenser le redevable de garanties autres que celles déjà constituées () ". L'article R. 277-1 du même livre dispose : " () Ces garanties peuvent être constituées par un versement en espèces qui sera effectué à un compte d'attente au Trésor, par des créances sur le Trésor, par la présentation d'une caution, par des valeurs mobilières, des marchandises déposées dans des magasins agréés par l'Etat et faisant l'objet d'un warrant endossé à l'ordre du Trésor, par des affectations hypothécaires, par des nantissements de fonds de commerce () ".
3. Les garanties proposées par le contribuable doivent présenter un degré de sécurité et de disponibilité suffisant pour permettre au Trésor d'exercer ses droits de préférence, de rétention et de suite. Il appartient ainsi au juge du référé de dire dans quelle mesure la garantie proposée par le contribuable, qui souhaite différer le paiement des impositions qu'il conteste durant l'instruction de sa réclamation et éventuellement jusqu'au jugement, est susceptible d'assurer, dans des conditions de sécurité et de disponibilité satisfaisantes, le recouvrement de l'imposition contestée. Il appartient au contribuable d'apporter les éléments nécessaires à l'appréciation de la valeur des garanties offertes.
4. En l'espèce, la société Quicksign soutient que son fonds de commerce apporté en nantissement a fait l'objet d'une valorisation par un cabinet d'expertise indépendant pour un montant de plus de 35,8 millions d'euros, dans un rapport du 6 février 2024, soit une valeur quatorze fois supérieure à celle de la dette fiscale. Toutefois, il est constant que cette évaluation a été réalisée à partir de la méthode dite " discounted cash flow ", qui consiste à déterminer la valeur d'un fonds de commerce en actualisant les flux de trésorerie futurs à partir d'une estimation des flux actuels auxquels est appliqué un taux d'actualisation reflétant le niveau de risque de l'activité et la structure financière de l'entreprise. Cette méthode projective, qui consiste, selon les termes du rapport d'évaluation produit, à " actualiser les flux de trésorerie prévisionnels à un taux de rendement approprié ", est fondée sur " une estimation des flux de trésorerie futurs, la détermination du taux de croissance à long terme et le calcul du taux d'actualisation reflétant la valeur temps des flux de trésorerie et le risque relatif à leur réalisation ". Ainsi que le relève le service en défense, cette méthode prospective, qui repose sur des projections spéculatives, ne présente pas un degré de sécurité suffisant de nature à garantir qu'il pourra effectivement, le cas échéant, céder le fonds de commerce à la valeur correspondant au montant de la dette fiscale. Il résulte par ailleurs de l'instruction, d'une part, que la société a enregistré des disponibilités pour un montant de près de 2 millions d'euros au 31 décembre 2023, que le résultat d'exploitation ne progresse pas de manière constante sur les quatre dernières années, que le chiffre d'affaires ne couvre pas le total des charges d'exploitation, et que le résultat d'exploitation a été déficitaire au titre des exercices 2018 à 2020. Dans ces conditions, le nantissement du fonds de commerce de la société Quicksign ne saurait être regardé comme apportant une garantie présentant un degré de sécurité et de disponibilité suffisant pour permettre le recouvrement de la créance fiscale en cas de défaillance de la société requérante.
5. Il s'ensuit que la société Quicksign n'ayant pas proposé des garanties propres à assurer, au regard des critères de sécurité et de disponibilité, le recouvrement des impositions contestées, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Quicksign est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Quicksign et à la directrice régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Fait à Paris, le 22 octobre 2024.
Le juge des référés,
J. SORIN
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2425193/2