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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2425317

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2425317

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2425317
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Amzallag, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 29 août 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation dans un délai de deux semaines et de la munir immédiatement d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- elle est présumée ; elle réside régulièrement en France depuis dix ans, a obtenu le diplôme d'Etat d'architecture ainsi que l'habilitation de l'architecte diplômé à l'exercice de la maîtrise d'œuvre en son nom propre, et travaille en qualité d'architecte pour une société ; la décision contestée la place dans une situation de grande précarité en entraînant le retrait de son autorisation de travail et l'empêchant de poursuivre son activité d'architecte et de percevoir les revenus afférents.

Sur le moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 23 septembre 2024 sous le n°2425318, tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue le 2 octobre 2024 en présence de Mme Tardy-Panit, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Salzmann,

- les observations de Me Amzallag, représentant Mme A,

- et les observations de Me Faugeras, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête. Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le refus de titre de séjour du 29 août 2024 n'est pas accompagné d'une mesure d'éloignement, que la suspension du contrat de travail de l'intéressée n'est pas établie, qu'une audience au fond sur la requête contestant une décision antérieure du 27 mai 2024 doit avoir lieu prochainement. Il fait valoir qu'il n'existe aucun moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision au regard de l'article L. 422-10 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'habilitation de l'architecte diplômé à l'exercice de la maîtrise d'œuvre en son nom propre ne figurant pas sur la liste des diplômes équivalent au master et le diplôme d'architecte d'Etat ayant été obtenue en 2019.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sud-coréenne née le 5 septembre 1991 est entrée en France le 30 juin 2014 sous couvert d'un visa de long séjour mention " étudiant " pour poursuivre des études d'architecture. Elle a bénéficié du renouvellement de son visa et de la délivrance de la carte de séjour étudiant, régulièrement renouvelée. Elle obtenait le diplôme d'état d'architecture délivré le 25 novembre 2019 par l'école nationale supérieures d'architecture de Paris-Belleville. Le 6 novembre 2022, à l'issue de sa formation, elle obtenait l'habilitation à l'exercice de la maîtrise d'œuvre en nom propre (HMNOP). Le 7 avril 2023 Mme A a sollicité une demande de changement de statut en vue de la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi-création d'entreprise " dans le cadre des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 27 mai 2024, le préfet de police a explicitement refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par une ordonnance n°2418262, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu cette décision et enjoint au réexamen de sa situation. Une nouvelle décision de refus de titre de séjour, en date du 29 août 2024 a été prise. Mme A demande la suspension de l'exécution de la décision du 29 août 2024, par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de carte de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.

4. En l'espèce, Mme A a sollicité lors du renouvellement de son titre de séjour un changement de statut vers " Recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Si la requérante ne peut se prévaloir de la présomption d'urgence attachée à une demande de renouvellement de titre de séjour dès lors que sa demande de titre de séjour repose sur un nouveau fondement juridique, il est constant que Mme A, entrée en France en 2014, y réside continûment et régulièrement depuis plus de dix ans, qu'elle y a poursuivi ses études avec succès et que le refus de délivrance du titre en cause, qui la place désormais en situation irrégulière, la prive d'une possibilité d'emploi stable, en rapport avec ses études et compétences, au sein de la société PDA au sein de laquelle elle a été recrutée le 17 juillet 2023. Dans ces conditions, la décision contestée, même non assortie d'une mesure d'éloignement, préjudicie de façon suffisamment grave et immédiate à la situation de Mme A et la condition d'urgence doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; / 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches ". Le point 26 de l'annexe 10 indique les pièces à produire à l'appui d'une demande de titre de séjour présentée par une personne titulaire d'une carte séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " et exige notamment la production d' " un diplôme de grade au moins équivalent au master ou diplômes de niveau I labellisés par la Conférence des grandes écoles ou diplôme de licence professionnelle obtenu dans l'année dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national ou attestation de réussite définitive au diplôme () ".

6. Pour refuser à Mme A la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, le préfet de police a retenu que celle-ci présentait une habilitation de l'architecte diplômé d'Etat à l'exercice de la maîtrise d'œuvre en son nom propre ne figurant pas sur les listes de diplômes au moins équivalent au master prévues par l'article L. 422-10 et qu'en outre, elle présentait un diplôme d'architecte d'Etat obtenu en 2019 ne permettant pas la délivrance de la carte de séjour sollicitée au regard de l'annexe 10 du code précité.

7. Si l'habilitation à l'exercice de la maîtrise d'œuvre en nom propre ne figure pas sur les listes de diplômes au moins équivalent au master, il est constant néanmoins que l'intéressée a un diplôme d'architecte d'Etat et que depuis le 1er mai 2021 et l'abrogation des dispositions de l'ancien article R. 313-11-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'est plus exigé par aucun texte législatif ou réglementaire que l'étranger dépose sa demande dans un délai d'un an à compter de l'obtention de son diplôme. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de police a méconnu l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'erreur de droit, est propre, en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions exigées par l'article

L. 521-1 du code de justice administrative étant satisfaites, l'exécution de la décision du préfet de police du 29 août 2024 doit être suspendue.

Sur les conclusions présentées à fin d'injonction :

9. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police ou tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme A, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en la munissant, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du préfet de police du 29 août 2024 rejetant la demande de titre de séjour de Mme A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme A, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en la munissant, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 7 octobre 2024.

La juge des référés,

M. Salzmann

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2425317

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