mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2425331 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DE SA PALLIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 septembre et 6 octobre 2024, M. C A B, représenté par Me de Sa-Pallix, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 26 avril 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travail ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui-même si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordé.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est présumée et, en l'espèce, elle est établie dès lors que la décision le place dans une situation d'irrégularité, que son employeur a mis fin à son contrat, que la décision complexifie ses démarches médicales.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure et méconnaît son droit à être entendu ;
- elle est entachée d'un vice de procédure et méconnaît les dispositions des articles
R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles des articles 5 et 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
- elle entachée d'une erreur de fait ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de police s'est estimé en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la requête est recevable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie, que la requête est irrecevable et qu'aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2424113 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lahary, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Au cours de l'audience publique, tenue le 7 octobre 2024 en présence de Mme Tardy-Panit, greffière d'audience, M. Lahary a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me de Sa-Pallix, avocat de M. A B, qui soutient que le traitement dont il bénéficie n'est pas disponible dans son pays d'origine ;
- et les observations de Me Capuano, avocat du préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant péruvien, est entré en France le 29 février 2020 et a obtenu un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 12 septembre 2022 au 11 septembre 2023. L'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 26 avril 2024, le préfet de police lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour. M. A B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été édictée en date du 26 avril 2024 et notifiée le 13 mai suivant. Le requérant a introduit une demande d'aide juridictionnelle le 23 mai 2024. La décision accordant l'aide juridictionnelle a été édictée le 19 juillet 2024 et notifiée le 12 août suivant. Dès lors, le recours pour excès de pouvoir introduit le 9 septembre 2024 n'est pas tardif et le présent recours n'est, par suite, pas irrecevable. La fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). "
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. M. A B demande la suspension de la décision 26 avril 2024 par laquelle le préfet de police a refusé renouveler son titre de séjour. Ainsi, l'urgence doit être présumée. Le préfet de police ne fait pas état d'éléments de nature à faire échec à cette présomption d'urgence, alors que le requérant établit, en outre, que son activité professionnelle a été interrompue en raison de l'irrégularité de son séjour en France. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la demande de suspension de la décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour :
6. L'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en France dispose que : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. "
7. Pour refuser le renouvellement d'un titre de séjour pour soins à M. A B, le préfet de police a estimé, ainsi que l'avait fait le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Toutefois, le requérant, dont le traitement est composé des médicaments Norvir, Prezista et Truvada, verse aux débats deux listes actuelles de médicaments essentiels du ministère de la santé péruvien sur lesquelles ne figurent pas ces trois médicaments. En défense, le préfet soutient qu'ils sont respectivement substituables au Valtrex, à l'Abacavir et à l'Actifed. Toutefois, d'une part, ces trois médicaments ne figurent pas davantage sur les listes versées aux débats et d'autre part, ils ne sont indiqués comme équivalents aux médicaments du requérant qu'à hauteur de 80%, 80% et 30%. Par suite, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées, s'agissant du bénéfice d'un traitement approprié à l'état de santé du requérant au Pérou, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, la condition tenant au doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée doit être regardée comme remplie.
8. Dès lors, en l'état de l'instruction et des pièces produites par les parties, les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Il y a donc lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 26 avril 2024 de refus de renouvellement du titre de séjour de M. A B.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. L'exécution de la présente ordonnance implique que le préfet de police, ou le préfet territorialement compétent, procède au réexamen de la demande de titre de séjour de M. A B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et que, dans l'attente de ce réexamen, il lui délivre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de cinq jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. M. A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 19 juillet 2024. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me de Sa-Pallix, avocat de M. A B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me de Sa-Pallix de la somme de 1 000 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 26 avril 2024 par laquelle le préfet de police a refusé à M. A B le renouvellement de son titre de séjour est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A B une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'État versera à Me de Sa-Pallix une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me de Sa-Pallix renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B, au ministre de l'intérieur et à Me de Sa-Pallix.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 9 octobre 2024.
Le juge des référés,
T. LAHARY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.