mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2425366 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | MECARY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, Mme E C épouse A et M. B A, agissant en leurs noms et en celui de l'enfant, D A, représentés par Me Mecary, doivent être regardés comme demandant au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au ministre des affaires étrangères de délivrer un laissez-passer consulaire au bénéfice de l'enfant, D, lui permettant de quitter l'Ouganda et d'entrer sur le territoire français, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la jeune D est née d'une gestation pour autrui en Ouganda et son acte de naissance mentionne Mme C épouse A comme étant sa mère ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que Mme A demeure seule avec l'enfant en Ouganda, où elle ne dispose d'aucun lien familial, alors qu'elle doit reprendre son emploi d'aide-soignante dans 5 semaines et que son mari est rentré pour s'occuper de leur premier enfant, âgé d'un an et demi ;
- le consul de France en Ouganda ne pouvait, sans méconnaître l'article 47 du code civil, refuser de délivrer un laissez-passer à cet enfant ; sa décision, qui porte gravement atteinte à la liberté d'aller et de venir de l'enfant et à leur vie privée et familiale, est en outre entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de méconnaissance des stipulations des articles 8 et 14 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le décret n° 2004-1543 du 30 décembre 2004 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné à Mme Weidenfeld, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que la jeune D A est née le 16 août 2024 en Ouganda, au sein de la clinique Bethany Women and Family Hospital. Mme A, ressortissante française, munie notamment d'un extrait d'acte de naissance, établi le 13 septembre 2024 par le service d'état-civil ougandais à Kampala, sur lequel elle est mentionnée en qualité de mère de D, a sollicité des autorités consulaires de France en Ouganda la délivrance d'un laissez-passer consulaire au nom de l'enfant. Par courriels du 17 septembre 2024, ces autorités ont opposé un refus à cette demande. M. et Mme A demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au ministre des affaires étrangères, de délivrer ce laissez-passer au bénéfice de la jeune D.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. " Par ailleurs, aux termes de l'article R. 522-8-1 du code de justice administrative : " Par dérogation aux dispositions du titre V du livre III du présent code, le juge des référés qui entend décliner la compétence de la juridiction rejette les conclusions dont il est saisi par voie d'ordonnance ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 312-8 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux décisions individuelles prises à l'encontre de personnes par les autorités administratives dans l'exercice de leurs pouvoirs de police relèvent de la compétence du tribunal administratif du lieu de résidence des personnes faisant l'objet des décisions attaquées à la date desdites décisions. () ". L'article R. 221-3 de ce code classe le département du Rhône dans le ressort de la compétence territoriale du tribunal administratif de Lyon.
4. Si la juridiction judiciaire est seule compétente pour se prononcer sur les éventuelles contestations relatives à un refus de transcription des actes de naissances établis à l'étranger sur le registre d'état civil français, la présente requête, qui met en cause la décision des autorités consulaires de France en Ouganda refusant de délivrer un laissez-passer consulaire à un enfant mineur, au motif que la filiation maternelle inscrite dans l'acte de naissance de ce dernier ne correspond pas à la réalité appréciée selon la loi française dans la mesure où cet enfant est né à la suite d'une convention de gestation pour autrui, doit être regardée comme relative à une décision individuelle prise dans l'exercice, par les autorités administratives, de leur pouvoir de police. Elle entre donc dans le champ des dispositions précitées de l'article R. 312-8. Par suite, et dès lors qu'il est constant que M. et Mme A résident sur le territoire de la commune de Lyon, dans le département du Rhône, le tribunal administratif de Lyon est territorialement compétent pour y statuer.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, par application des dispositions citées au point 2 de la présente ordonnance, de rejeter la requête présentée par M. et Mme A en toutes ses conclusions, ainsi que l'avait d'ailleurs déjà décidé l'ordonnance n°2425179 du 23 septembre 2024 sans que les requérants n'apportent, dans la présente requête, le moindre élément de nature à justifier la compétence territoriale du tribunal administratif de Paris.
ORDONNE :
Article 1er : La requête présentée par M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C, épouse A et à M. B A.
Fait à Paris le 24 septembre 2024.
La juge des référés,
K. WEIDENFELD
La République mande et ordonne au ministre des affaires étrangères en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./9