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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2425383

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2425383

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2425383
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2024, Mme E A, représentée par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invitée à quitter le territoire français dans le délai de soixante-douze heures ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour, ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne procède pas d'un examen particulier de sa situation individuelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du même code ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 19 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- et les observations de Mme C, élève avocate en présence de son maître de stage Me Riché substituant Me Ormillien, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E A, née le 2 juillet 1970 et de nationalité ukrainienne, est entrée en France en 2018 selon ses déclarations. Elle a sollicité le 12 avril 2023 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de faire droit à sa demande et l'a invitée à quitter le territoire français dans le délai de soixante-douze heures.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme B F, cheffe de la section admission exceptionnelle, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du préfet de police en vertu de l'article 10 de l'arrêté n° 2024-00924 du 8 juillet 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour. Par suite, et alors que le préfet n'était pas tenu de viser cet arrêté de délégation, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée se réfère aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle relève que la requérante ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels eu égard notamment à la durée de sa présence en France et de son expérience professionnelle sur le territoire national. Elle mentionne également qu'aucune atteinte disproportionnée n'est portée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. En outre, alors que la décision litigieuse a uniquement pour objet de refuser un titre de séjour à l'intéressée, elle n'avait pas à préciser les risques encourus en cas de retour de la requérante dans son pays d'origine. Il s'ensuit que la décision attaquée, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, alors que le préfet de police n'est pas tenu de consulter pour avis le service de la main d'œuvre étrangère lorsqu'il est saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, il n'avait pas à attendre l'avis de ce service, saisi en l'espèce à titre facultatif, pour statuer sur la demande d'admission exceptionnelle au séjour de la requérante. En outre, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni de l'ensemble des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation individuelle. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, dès lors, être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est célibataire et sans charge de famille en France. Si elle fait valoir la présence de son fils sur le territoire national, il n'est pas contesté qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu l'essentiel de son existence et où résident sa mère ainsi que sa fille. En outre, si elle justifie de sa résidence habituelle en France depuis septembre 2019 et des liens amicaux qu'elle a noués, ces éléments ne sauraient suffire à caractériser des considérations humanitaires ou un motif exceptionnel justifiant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par ailleurs, la requérante travaille en qualité d'employée de maison depuis septembre 2019, soit depuis près de cinq ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, cette expérience professionnelle est très limitée, l'intéressée ne travaillant en moyenne que dix à vingt heures par mois. Si, depuis juillet 2024, elle est également employée en qualité d'agent d'entretien auprès de la société SAMFI, ce nouvel emploi à temps partiel est très récent à la date de l'arrêté litigieux. Dans ces circonstances, Mme A ne peut être regardée comme justifiant de motifs exceptionnels pour la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, et en l'absence de toute argumentation spécifique, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Mme A n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni, en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invitée à quitter le territoire français dans le délai de soixante-douze heures. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Philippe Séval, président,

Mme Chloé Hombourger, première conseillère,

Mme Sybille Mareuse, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

La rapporteure,

S. D

Signé

Le président,

J.-P. Séval

Signé

La greffière,

L. Thomas

Signé

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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