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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2425448

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2425448

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2425448
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, Mme C D B, représentée par Me Mariette, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision en date du 19 septembre 2024 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé le refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 19 septembre 2024 dans un délai de 48 heures à compter du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 500 euros au bénéfice de Me Mariette au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;

- la décision méconnait les dispositions des articles 17 et 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 et les stipulations de l'article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle l'empêche de subvenir à ses besoins élémentaires ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que la raison pour laquelle elle n'a demandé l'asile qu'après le délai de 90 jours suivant son arrivée tient au fait que la crainte de persécution n'est apparue que dans une période récente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Mariette, représentant Mme D B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D B, ressortissante brésilienne, a présenté le 18 septembre 2024 auprès du guichet unique des demandeurs d'asile de Paris, une demande d'asile enregistrée en procédure Dublin. Le 19 septembre 2024, l'Office française de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, Mme D B demande l'annulation de la décision du 19 septembre 2024.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme D B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. "

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait état de ce que la requérante n'a pas sollicité l'asile sans motif légitime dans le délai de 90 jours. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le directeur général de l'OFII pour rejeter sa demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante. Le moyen doit par suite être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen de la vulnérabilité de la requérante. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a déclaré lors de son entretien être hébergée dans un centre d'hébergement et n'a pas déclaré de pathologie, ni pour elle ou sa famille, ni n'a fait état de circonstances particulières. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'absence d'examen de la vulnérabilité et de l'erreur d'appréciation de celle-ci doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, doivent être écartés les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles 17 et 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 et des stipulations de l'article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a déclaré lors de son entretien qu'elle était, avec sa famille, hébergée dans un centre d'hébergement. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent par suite être écartés.

8. En cinquième lieu, la requérante soutient que la raison pour laquelle elle n'a demandé l'asile qu'après le délai de 90 jours suivant son arrivée tient au fait que la crainte de persécution n'est apparue que dans une période récente. Si elle établit avoir effectivement eu le projet de retourner au Brésil, ayant sollicité une aide au retour, avant de changer d'avis, elle n'établit pas que ce changement d'avis serait motivé par l'apparition ou la prise de connaissance d'une crainte ou d'une persécution nouvelle et récente. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme D B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Mme D B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D B, à l'OFII et à Me Mariette.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

T. A

Le greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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