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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2425504

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2425504

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2425504
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du préfet de police du 12 juillet 2024 refusant le renouvellement du titre de séjour de M. B, ressortissant sénégalais, et l'obligeant à quitter le territoire. La condition d'urgence n'a pas été jugée établie, le requérant n'apportant pas la preuve d'une situation suffisamment grave et immédiate, notamment au regard de son obligation alimentaire. Aucun des moyens soulevés, tirés notamment de la méconnaissance des articles L. 423-7, L. 613-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'a été retenu comme propre à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Louafi Ryndina, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de cinq années et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est présumée et, en l'espèce, elle est établie dès lors qu'il se trouve exposé à la perte de son emploi, ce qui met en péril son obligation alimentaire à l'égard de son fils A, judiciairement établie par décision du tribunal judiciaire de Chartres du 28 avril 2020.

Sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son fils et qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions des articles L. 613-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'erreur d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour est entachée d'une erreur de droit car elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour est dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur les moyens relevés d'office tirés :

- d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination, et interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans dès lors qu'elles sont dépourvues d'objet dans la mesure où l'exécution de ces décisions a déjà été suspendue par le recours en annulation introduit sur le fondement des articles L. 614-6 et L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la suspension de l'exécution de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dès lors que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission au système d'information Schengen en application de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que cette information, qui ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour, n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir et d'une procédure de référé suspension.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2420681 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 20 novembre 1989 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lahary, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l'audience publique, tenue le 7 octobre 2024 en présence de Mme Tardy-Panit, greffière d'audience, M. Lahary a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Louafi Ryndina, avocat de M. B ;

- et les observations de Me Capuano, avocat du préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais, est entré en France en 2011 selon ses déclarations. Il s'est vu muni d'un titre de séjour valable du 12 novembre 2021 au 11 novembre 2022. L'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 12 juillet 2024, le préfet de police lui a refusé le renouvellement du titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de cinq années et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision de ces décisions.

En ce qui concerne la demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de destination, de l'interdiction de retour sur le territoire et de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

2. D'une part, il résulte des dispositions des articles L. 722-7 et L. 722-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'introduction par M. B de la requête au fond n° 2420681 a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que celles refusant d'accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire.

3. D'autre part, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission au système d'information Schengen en application de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette information, qui ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour, n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir et d'une procédure de référé suspension.

4. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de destination, de l'interdiction de retour sur le territoire et de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sont sans objet et doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

7. M. B demande la suspension de la décision 12 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a refusé renouveler son titre de séjour. Ainsi, l'urgence doit être présumée. Le préfet de police ne fait pas état d'éléments de nature à faire échec à cette présomption d'urgence. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la demande de suspension de la décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour :

8. M. B est père d'un enfant de nationalité française, A B, né le 8 décembre 2011. Un jugement du 28 avril 2020 du tribunal judiciaire de Chartres a fixé les obligations de M. B vis-à-vis de son fils, en matière de frais de santé, de scolarité, de sorties scolaires et a fixé le principe et le montant d'une contribution mensuelle versé par M. B à son ex-conjointe pour contribuer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant A. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, la condition tenant au doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée doit être regardée comme remplie.

9. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet de police du 12 juillet 2024 refusant à M. B le renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. L'exécution de la présente ordonnance implique que le préfet de police, ou le préfet territorialement compétent, procède au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et que, dans l'attente de ce réexamen, il lui délivre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de cinq jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 12 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a refusé à M. B le renouvellement de son titre de séjour est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 9 octobre 2024.

Le juge des référés,

T. LAHARY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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