mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2425513 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | VI VAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 septembre et 9 octobre 2024, Mme C A, représentée par Me Vi Van, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 19 mars 2024 par laquelle le préfet de police a prolongé son délai de transfert de six à dix-huit mois et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, dans le cas où elle ne serait pas admise à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite ; elle n'a plus d'attestation de demande d'asile valable depuis le 5 juin 2024 et se trouve ainsi exposée à un risque important d'interpellation, de placement en centre de rétention administrative et de transfert vers la Suède ; elle est privée de la possibilité d'introduire une demande d'asile ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée ; elle méconnaît l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, compte tenu de l'effet suspensif du recours formé contre la décision de transfert aux autorités suédoises du 5 février 2024, elle n'avait pas à se présenter à la préfecture de police les 22 et 29 février 2024.
Des pièces, enregistrées le 8 octobre 2024, ont été produites par le préfet de police.
Vu :
- la requête par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 9 octobre 2024 en présence de Mme Louart, greffière d'audience, a été entendu le rapport de Mme Aubert, juge des référés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Une note en délibérée, produite pour Mme A, a été enregistrée le 14 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante éthiopienne née le 19 juin 2000, a demandé le bénéfice d'une protection internationale en France le 8 janvier 2024 et a été placée en procédure dite Dublin. Par un arrêté du 5 février 2024, le préfet de police a décidé de son transfert vers la Suède et, par une décision du 19 mars 2024, a prolongé son délai de transfert de six à dix-huit mois et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale. Par la présente requête, Mme A demande la suspension l'exécution de cette décision du 19 mars 2024.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Eu égard à l'urgence à statuer et en application des dispositions précitées, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
6. Eu égard à la situation dans laquelle Mme A, qui fait l'objet d'une décision de transfert et peut, à ce titre, être éloignée à tout moment vers la Suède, est placée par la décision dont elle demande la suspension, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
7. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. /()/. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. "
8. Il résulte de l'instruction que Mme A s'est vue remettre en mains propres le 5 février 2024 une convocation en vue de l'exécution de l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police a décidé sa remise aux autorités suédoises, lui demandant de se présenter dans les locaux de la préfecture de police les 22 et 29 février 2024. Toutefois il résulte de l'instruction que ces convocations auxquelles la requérante ne s'est pas présentée étaient fixées à une date où son recours suspensif contre l'arrêté de transfert était pendant devant le tribunal. Dans ces conditions, dès lors que la décision de transfert ne pouvait pas être exécutée, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaît l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 19 mars 2024 par laquelle le préfet de police a prolongé le délai de transfert de Mme A de six à dix-huit mois et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
11. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de procéder à l'enregistrement à titre provisoire de la demande d'asile de Mme A, de lui remettre une attestation de demande d'asile en procédure normale valable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision dont la suspension est prononcée ainsi que le dossier dit B de demande d'asile, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Vi Van renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. En cas de rejet définitif de sa demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du 19 mars 2024 du préfet de police est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de procéder à l'enregistrement à titre provisoire de la demande d'asile de Mme A, de lui remettre une attestation de demande d'asile en procédure normale valable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision dont la suspension est prononcée ainsi que le dossier dit B de demande d'asile, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera à Me Vi Van la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Vi Van renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. En cas de rejet définitif de sa demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à Me Vi Van et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 15 octobre 2024.
La juge des référés,
S. Aubert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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