lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2425572 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2425572/8 les 24 septembre et 10 octobre 2024, Mme A C, représentée par Me Singh, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle devait être éloignée, lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; à défaut, procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'insuffisance de motivation et n'ont pas été précédées d'un examen individuel de sa situation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance du droit d'être entendu et de présenter des observations écrites et orales, consacré par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 251-1 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des articles 27 et 28 de la directive 2004/38 du 29 avril 2004 ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle ne constitue pas une menace grave et actuelle à l'ordre public et à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;
- elle justifie d'une activité professionnelle et de ressources suffisantes.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur de droit et méconnait les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et du refus d'octroi de délai de départ volontaire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit et méconnait les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2425569/8 le 24 septembre 2024, Mme A C, représentée par Me Singh, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de police l'a assignée à résidence sur le territoire de la ville de Paris ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à lui verser dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.
Elle soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire du 18 septembre 2024 qui constitue sa base légale est elle-même illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Singh, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante espagnole, a fait l'objet le 18 septembre 2024 d'un arrêté par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle devait être éloignée et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois. Par un arrêté en date du 18 septembre 2024, le préfet de police l'a assignée à résidence sur le territoire de la ville de Paris. Mme C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2425572/8 et n°2425569/8 présentées par Mme C, concernent la situation d'une même requérante. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle au titre des deux présentes requêtes.
Sur la requête n° 2425572/8 :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
5. L'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; (). L'article L. 251-1 du même code dispose que : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; "
6. D'une part, il ressort de la décision attaquée que le préfet a estimé que le comportement de la requérante représentait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a fait l'objet de plusieurs signalements pour vol, parfois avec violence, et violation de domicile entre 2018 et 2020. Ces faits sont toutefois anciens et ne se sont plus reproduits depuis, la requérante ayant, en 2020, rejoint un foyer pour se faire accompagner et depuis lors exercé une activité professionnelle. Trois signalements en 2020, 2022 et 2023 ne peuvent être retenus dès lors que la requérante soutient sans être contestée, avoir été la victime des faits signalés, en l'occurrence de violences conjugales, développant à ces égards trois récits précis et circonstanciés. La requérante a, enfin, effectivement été appréhendée le 17 septembre 2024 pour des faits de violences volontaires aggravés, après s'être rendue à bord d'un transport en commun en état d'ébriété avancé et avoir agressé verbalement et physiquement des usagers. La requérante explique à la barre que si elle a rompu avec ses anciennes fréquentations et son parcours de vie qui avaient conduit à son comportement problématique entre les années 2018 et 2020, elle est toujours en prise avec une addiction à l'alcool. La requérante établit avoir pris l'attache d'un addictologue pour traiter son addiction et est suivie par une association du groupe SOS qui l'accompagne dans ses démarches administratives. L'intéressée est intégrée à la société dès lors qu'elle exerce une activité professionnelle. Dans ces conditions, le comportement personnel de la requérante ne saurait être regardé comme constituant, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. D'autre part, il ressort de la décision attaquée que le préfet a estimé que la requérante ne justifiait pas de ressources suffisantes et se trouvait en situation de complète dépendance vis-à-vis du système d'assistance sociale français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante exerçait, à la date de la décision attaquée, une activité professionnelle et en justifie par la fiche de paie produite au titre du mois de septembre. Le faible montant de 772 euros au titre du mois de septembre, s'explique par l'interruption de son contrat en raison de l'intervention de la décision attaquée du 18 septembre. Les fiches de paie versées aux débats pour les mois de juin à août 2024 font état d'un montant de 1 460,56 euros. Ne constituant pas, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et exerçant une activité professionnelle en France, la requérante avait, à la date de la décision attaquée, le droit de séjourner en France pour une durée de plus de trois mois. Dans ces conditions, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté en date du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de police a obligé Mme C à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle devait être éloignée et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois doit être annulé.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement n'implique pas la délivrance à Mme C d'un titre de séjour, ni qu'il soit enjoint au préfet de procéder à un réexamen. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante ne peuvent donc qu'être rejetées.
En ce qui concerne les frais liés à l'instance :
10. Sous réserve de l'admission définitive de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Singh, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Singh de la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sera versée à Mme C.
Sur la requête n° 2425569/8 :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
11. L'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ".
12. Comme indiqué au point 8, le tribunal a annulé l'arrêté en date du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de police a obligé Mme C à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle devait être éloignée et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois. Dès lors, l'assignation à résidence litigieuse est dépourvue de base légale et doit être annulée.
13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté en date du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de police a assigné à résidence M. C doit être annulé.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme C présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté en date du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de police a obligé Mme C à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle devait être éloignée et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois est annulé.
Article 3 : L'arrêté en date du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de police a assigné Mme C à résidence sur le territoire de la ville de Paris est annulé.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Singh renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Singh, avocat de Mme C, la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros lui sera versée.
Article 5 : Les surplus des conclusions des requêtes nos 2425572/8 et 2425569/8 sont rejetés.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de police et à Me Singh.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
T. BLe greffier,
R. DRAI
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8 et N°2425569/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026