lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2425655 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 septembre et 8 octobre 2024, M. C, représenté par Me Aït Mehdi, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " salarié " ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie, la décision contestée lui refusant le renouvellement de son titre de séjour ; il est dans l'impossibilité de justifier son droit au séjour et son autorisation à travailler ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée ; elle a été prise par une autorité incompétente ; elle méconnaît les articles L. 421-1, L. 433-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le requérant ne justifie pas d'une situation d'urgence ;
- aucun des moyens de la requête n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
Vu :
- la requête par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Louart, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Aubert, juge des référés ;
- les observations de Me Mariette, substituant Me Aït Mehdi, représentant M. A, qui soulève à l'audience le moyen tiré de l'erreur de fait dès lors que le préfet de police soutient que l'intéressé n'a pas produit, dans le cadre de sa demande, son autorisation de travail dans le délai qui lui était imparti ;
- les observations de Me Jacquard, représentant le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant bangladais né le 1er mai 1982, est entré en France le 20 mai 2013 et a été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " du 16 décembre 2019 au 15 décembre 2023. Il a demandé, le 16 janvier 2024, le renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle. Par la présente requête, il demande la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande, née du silence de l'administration.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. M. A qui, ayant bénéficié d'une carte pluriannuelle portant la mention " salarié " du 16 décembre 2019 au 15 décembre 2023, en demande le renouvellement, peut se prévaloir de la présomption d'urgence attachée à une telle demande. Dans les circonstances de l'espèce et, contrairement à ce que soutient le préfet de police en défense, eu égard aux diligences accomplies pour produire son autorisation de travail que les services de la préfecture ont accepté de prendre en compte en prolongeant le délai d'instruction de la demande jusqu'au 15 juillet 2024, M. A, qui a produit une autorisation de travail le 16 mai 2024, ne peut être regardé comme s'étant lui-même placé dans la situation d'urgence qu'il invoque et ayant ainsi perdu le bénéfice de la présomption d'urgence dont il se prévaut. Il suit de là que la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
5. Eu égard à la durée et au caractère habituel de sa présence en France et à l'exercice d'une activité professionnelle justifiés par les pièces produites par le requérant, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur manifeste commise dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur de fait dès lors que, contrairement à ce que soutient le préfet de police, M. A a produit son autorisation de travail dans le délai qui lui a été en dernier lieu imparti.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision contestée et d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la situation de M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond de l'affaire.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite du préfet de police du 20 septembre 2024 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail valable jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond de l'affaire.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 14 octobre 2024.
La juge des référés,
S. Aubert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.