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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2425892

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2425892

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2425892
TypeDécision
Avocat requérantCABINET MATUCHANSKY, POUPOT, VALDELIEVRE, RAMEIX (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2024, M. C Teixeira, représenté par Me Domat, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 30 juillet 2024, par laquelle la Commission supérieure d'appel de la fédération française de football (FFF) a ramené à six mois dont trois mois avec sursis, la sanction de suspension d'une durée de douze mois dont six mois avec sursis, prononcée à son encontre par une décision du 1er juillet 2024 de la Commission fédérale de discipline de la FFF, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de la FFF une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. Teixeira soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée porte une atteinte grave et immédiate à ses intérêts puisqu'elle fait obstacle à sa candidature pour sa réélection aux fonctions de président de la Ligue Centre Val de Loire lors de l'assemblée générale élective dont la date est fixée au 25 octobre prochain ; cette décision est en outre de nature à remettre en cause le projet immobilier orléanais porté par le requérant dans la mesure où la sanction infligée lui interdit de participer au fonctionnement de la Ligue et d'y siéger ; la décision attaquée porte en outre une atteinte grave au pluralisme, dès lors que seule subsisterait la liste portée par M. D A ;

- il existe des doutes sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors, d'une part, que la matérialité des faits n'est pas établie, d'autre part, que la sanction est disproportionnée au regard de la gravité des faits qui lui sont reprochés et enfin, qu'elle est entachée de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, la FFF, représentée par la société d'avocats MPVR, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. Teixeira la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, d'une part, que le requérant ne justifie pas de l'urgence, dès lors que la candidature de la liste qu'il conduit a été admise par la commission compétente, que le mandat auquel prétend le requérant n'est pas rémunéré, que le projet immobilier mentionné par le requérant peut être poursuivi même s'il perd la qualité de président de la Ligue Centre Val de Loire et qu'enfin le principe de pluralisme électoral n'est pas directement mis en cause par la décision attaquée, d'autre part, que les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la requête enregistrée le 12 août 2024, sous le numéro 2421750 par laquelle M. Teixeira demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code du sport,

- les règlements généraux de la Fédération française de football, en particulier l'annexe 2,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Weidenfeld, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bak-Piot, greffière d'audience, Mme Weidenfeld a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Jamet, représentant M. Teixeira, en présence de ce dernier,

- les observations de Me Poupot, représentant la FFF.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été reportée au mardi 8 octobre 2024 à 17 heures, puis, par une communication effectuée le 9 octobre 2024 à 9h23, en raison des perturbations ayant affecté Télérecours la veille, au mercredi 9 octobre 2024 à 11 heures 30.

La FFF a produit une note en délibéré qui a été enregistrée le 8 octobre 2024 à 14h05 par laquelle elle indique que la candidature de la liste conduite par le requérant ne sera pas remise en cause par la Commission régionale de surveillance des opérations électorales mais pourrait l'être à la suite d'une contestation par un tiers et confirme " qu'elle ne verrait pas d'inconvénient à ce que, dans un souci notamment de sécurité juridique et de pluralisme démocratique, les effets de la décision attaquée soient suspendus uniquement en tant qu'ils emportent en principe l'inéligibilité temporaire de M. Teixeira ".

M. Teixeira a produit une note en délibéré, qui a été adressée le 8 octobre 2024 à 12h15 mais réceptionnée le même jour à 18h16, par laquelle il indique notamment que la proposition intermédiaire proposée par la FFF ne permettrait pas de protéger l'atteinte aux intérêts de M. Teixeira et à l'exigence de clarté et de sincérité du débat démocratique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 1er juillet 2024, la Commission fédérale de discipline de la Fédération française de football (FFF) a sanctionné M. Teixeira, président de la Ligue Centre Val de Loire, d'une suspension de licence d'un an, assortie d'un sursis de six mois à compter du 8 juillet 2024, pour comportement contraire à la morale, à l'éthique ou portant atteinte à l'honneur, à l'image ou à la considération de la FFF ou plus généralement du football français, en lui reprochant d'avoir fait pression sur différentes instances de la Ligue, en particulier la commission régionale de l'arbitrage, pour que M. B A, arbitre, ancien employé de la Ligue et fils du président délégué du comité de direction de la Ligue, ne soit pas désigné arbitre de rencontres tant qu'il ne s'était pas désisté de son action en justice contre la Ligue. Cette décision a été confirmée dans son principe par la Commission supérieure d'appel de la FFF, le 30 juillet 2024. Toutefois, après avoir estimé que les faits de pressions retenus par la commission fédérale de discipline à l'encontre de M. Teixeira n'étaient pas suffisamment établis, la Commission a fondé la sanction prononcée sur le fait que l'intéressé avait, par son inaction, permis l'immixtion du comité de direction de la Ligue dans le fonctionnement de la commission régionale de l'arbitrage. La Commission supérieure d'appel a en outre ramené le quantum de la sanction prononcée à six mois de suspension, dont trois avec sursis. Par la présente requête, M. Teixeira demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de la Commission supérieure d'appel de la FFF du 30 juillet 2024.

Sur les conclusions relatives à la suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. D'une part, il résulte de l'instruction que si la liste conduite par M. Teixeira pour les élections aux fonctions de président de la Ligue Centre Val de Loire a été admise par la Commission régionale de surveillance des opérations électorales le 1er octobre 2024, les opposants à M. Teixeira, et notamment la liste concurrente conduite par M. D A, sont susceptibles de contester les résultats du scrutin, qui se tiendra le 25 octobre suivant, en invoquant l'inéligibilité dont est frappé le requérant en conséquence de la sanction litigieuse. Par suite, contrairement à ce que soutient la FFF dans son mémoire en défense et comme elle l'admet dans sa note en délibéré, la décision attaquée a pour effet de fragiliser la candidature de M. Teixeira à sa réélection à la présidence de la Ligue. Par ailleurs, si ce mandat est bénévole, il est en revanche constant qu'il emporte d'importantes attributions, et notamment celles, en application de l'article 15.3 des statuts de la Ligue, d'ordonnancer les dépenses, alors que le budget prévisionnel pour 2024/2025 dépasse 6,6 millions d'euros, d'assurer l'exécution des décisions du comité de direction qu'il préside, et de veiller au fonctionnement régulier de la Ligue. Il s'ensuit que la décision attaquée, qui menace la validité de la candidature du requérant à ces fonctions et, en cas d'élection, ferait obstacle à leur exécution effective, lui préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate. La condition d'urgence doit, par suite, être regardée comme remplie.

5. D'autre part, eu égard aux circonstances que les faits reprochés à M. Teixeira ne consistent qu'en une abstention, qu'ils ont eu des conséquences mineures et, comme il a été dit, que la suspension litigieuse, a, en raison de la date à laquelle elle a été décidée, près de cinq mois après les faits litigieux, des effets indirects sur les opérations électorales au sein de la Ligue Centre Val de Loire, le moyen tiré du caractère disproportionné de cette sanction est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 30 juillet 2024.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la FFF une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les dispositions de cet article font obstacle à ce que la somme demandée par la FFF soit mise à la charge de M. Teixeira qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La décision du 30 juillet 2024, par laquelle la Commission supérieure d'appel de la fédération française de football (FFF), a prononcé à l'encontre de M. Teixeira une sanction de suspension d'une durée de six mois dont trois mois avec sursis, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : La Fédération française de football versera une somme de 1 000 euros à M. Teixeira sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la Fédération française de football présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée M. C Teixeira et à la Fédération française de football.

Copie en sera adressée à la conférence des conciliateurs du Comité national olympique et sportif français.

Fait à Paris, le 10 octobre 2024.

La juge des référés,

K. Weidenfeld

La République mande et ordonne au ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2425892/6

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