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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2425996

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2425996

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2425996
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé, a rejeté la requête de M. A, ressortissant camerounais, qui demandait la suspension de la décision du préfet de police du 18 juin 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie et qu'aucun des moyens soulevés (défaut de motivation, irrégularité de procédure, violation de l'article 8 de la CESDH et des articles L. 432-1 et L. 432-1-1 du CESEDA) n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 27 septembre 2024 et le 9 octobre 2024, M. B, représenté par Me Cloris, demande à la juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 18 juin 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la recevabilité :

- l'arrêté par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ne lui a jamais été notifié, alors même qu'il n'a pas changé d'adresse depuis la délivrance du dernier récépissé, de sorte qu'il ne peut produire l'acte attaqué ;

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence doit être présumée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public au regard de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la requête enregistrée sous le numéro 2425970 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 9 octobre 2024, en présence de Mme Nguyen, greffière d'audience, Mme Marzoug a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Cloris, représentant M. A, lequel a repris à la barre les moyens invoqués dans la requête et a indiqué que la requête n'était pas tardive dès lors que le préfet n'a pas notifié par voie administrative l'arrêté litigieux ;

- les observations de Me Jacquard, représentant le préfet de police, lequel a repris à la barre les moyens invoqués dans le mémoire en défense et a soulevé une fin-non de recevoir tirée de la tardiveté de la requête au fond.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 9 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 25 avril 1996 entré en France le 1er septembre 2003, a sollicité le renouvellement de la carte de séjour dont il était titulaire et qui a expiré le 8 novembre 2023. Par une décision du 18 juin 2024, le préfet de police a rejeté cette demande de renouvellement de titre de séjour au motif que la présence en France de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. M. A demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision portant refus de renouvellement de titre de séjour.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête au fond tendant à l'annulation de la décision du 18 juin 2024 dont la suspension est demandée :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable à la date de l'arrêté en cause : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. () ". Aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative dans sa version applicable à la date de l'arrêté en cause : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions relatives au séjour qui sont assorties d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire peuvent faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative dans un délai de quarante-huit heures à compter de leur notification par voie administrative.

3. D'autre part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. En l'espèce, si l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai a été notifié à ce dernier par lettre recommandée avec demande d'avis de réception le 21 juin 2024, le pli ayant été retourné aux services préfectoraux avec la mention " pli avisé non réclamé ", une telle notification n'a pas eu pour effet de faire courir le délai de recours contentieux de quarante-huit heures, dès lors que seule une notification par voie administrative est de nature à faire courir ce délai. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que M. A a eu connaissance de cet arrêté le 31 juillet 2024 et a formé une requête en annulation à son encontre qui a été enregistrée au greffe du tribunal le 27 septembre 2024, soit antérieurement à l'expiration du délai raisonnable d'un an mentionné au point 3 ci-dessus. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête au fond tendant à l'annulation de la décision du 18 juin 2024 dont la suspension est demandée ne peut être accueillie.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). ".

En ce qui concerne l'urgence :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

7. Le requérant demande la suspension de la décision du 18 juin 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dont il était titulaire. Ainsi, l'urgence doit être présumée. Si le préfet de police fait valoir que le requérant s'est placé lui-même sans la situation d'urgence qu'il invoque dès lors qu'il constitue une menace pour l'ordre public et qu'il s'est abstenu de déposer une requête dès la réception du courrier en date du 21 juin 2024, ces circonstances, alors notamment qu'il n'a eu connaissance de la décision litigieuse que le 31 juillet 2024, ne sont pas, en l'espèce, de nature à faire échec à cette présomption. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse :

8. En l'état de l'instruction, le moyen tiré du vice de procédure tenant à l'absence de saisine pour avis de la commission du titre de séjour est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

9. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision litigieuse, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

11. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 18 juin 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 14 octobre 2024.

La juge des référés,

S. Marzoug

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2425996/6

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