vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2426045 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LEMICHEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 28 septembre 2024 et le 9 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Lemichel, demande à la juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'une semaine et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'attente du jugement au fond, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour un mois après son dix-huitième anniversaire le 5 août 2022 et la préfecture l'a convoquée pour déposer sa demande le 11 mai 2023 ;
- en dépit de relances depuis le mois de janvier 2024, la préfecture de police n'a toujours pas répondu à ses demandes ;
- depuis le mois de septembre 2024, elle est dans l'impossibilité de s'inscrire dans une école d'ingénieur malgré son admissibilité aux concours, les services de l'école ISAE SUPMECA ayant exigé la communication d'un titre de séjour en cours de validité pour procéder à son inscription ;
- elle n'est éligible à aucune bourse d'études pour les mêmes raisons ;
- la décision litigieuse préjudicie de façon suffisamment grave et immédiate à ses intérêts, notamment une atteinte grave et disproportionnée à sa vie privée et son droit à l'instruction :
- en l'absence d'autorisation de travail, le parcours d'alternance proposé par l'école d'ingénieur lui est fermé alors qu'il lui est nécessaire de travailler dès lors que sa famille se trouve en situation de précarité et hébergée dans un centre d'hébergement ;
- elle ne dispose pas d'un récépissé ou d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le préfet de police conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer sur la requête.
Il soutient s'être prononcé favorablement sur la demande de titre séjour de l'intéressée et qu'un certificat de résidence algérien valable du 8 octobre 2024 au 7 octobre 2025 est mis en fabrication.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- la requête n° 2426047 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision litigieuse.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 9 octobre 2024 en présence de Mme Nguyen, greffière d'audience, Mme Marzoug a lu son rapport.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
5. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet de police a décidé de délivrer à Mme B un certificat de résident algérien valable du 8 octobre 2024 au 7 octobre 2025.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte présentées par Mme B sont devenues sans objet et qu'il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les frais d'instance :
7. Ainsi qu'il a été dit, Mme B est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Lemichel, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lemichel d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où Mme B ne serait pas admise à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte de la requête de Mme B.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Lemichel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Lemichel, avocat de Mme B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où Mme B ne serait pas admise à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Lemichel et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 11 octobre 2024.
La juge des référés,
S. Marzoug
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2426045/6