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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2426082

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2426082

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2426082
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me David, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 24 septembre 2024, par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-3 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par mois de retard, et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me David ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 à lui verser directement.

Elle soutient que :

- l'urgence est constituée dès lors que la décision litigieuse la place dans une situation d'irrégularité administrative qui la maintient avec ses enfants dans une précarité extrême, l'empêche de subvenir aux besoins de ses trois enfants mineurs en travaillant, la prive illégalement d'accès à une couverture maladie, et l'expose à un risque d'éloignement et de séparation d'avec ses enfants en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle n'est pas responsable de cette situation laquelle résulte d'un blocage de son compte " ANEF " ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle a été prise par une autorité incompétente, est insuffisamment motivée, n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle, méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2426081 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gros, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 10 octobre 2024 à 14h30 en présence de Mme Labbaci, greffière d'audience, M. Gros a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Hiesse substituant Me David, pour la requérante.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante malienne née le 11 octobre 1991, est la mère d'une enfant de nationalité malienne, née le 17 mars 2019, qui s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 novembre 2023. Le 24 mai 2024, Mme A a effectué sur la plateforme numérique " démarches-simplififées.fr " une demande portant le libellé " Première demande de titre de séjour - Membre de famille ", sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 24 septembre 2024, par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. "

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de suspension :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

5. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

6. Il résulte de l'instruction que par une décision du 13 septembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a reconnu la qualité de réfugiée à l'enfant de Mme A, de nationalité malienne née le 17 mars 2019. Mme A, qui a déposé à ce titre, comme parent de réfugié, une demande de carte de résident le 24 mai 2024, ne dispose ni d'un titre de séjour ni d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et ne peut ni travailler pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants, ni bénéficier de la complémentaire santé solidaire. Ainsi, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse :

7. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour et étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. " Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. / L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. " Et aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. () "

8. Le moyen tiré de ce que la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer une carte de résident à Mme A méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision, sans qu'il soit besoin de statuer sur le caractère sérieux des autres moyens.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 et 6 qu'il y a lieu de suspendre la décision du 24 septembre 2024 par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme A jusqu'à ce qu'il soit statué sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. La suspension prononcée implique que le préfet de police réexamine la demande de Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et lui délivre une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à Me David, avocat de Mme A, d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, si elle n'était pas admise de façon définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette somme directement à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer une carte de résident à Mme A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de titre de séjour de

Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'État versera à Me David, conseil de Mme A, une somme de 1 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, en l'absence d'obtention définitive de l'aide juridictionnelle, directement à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au préfet de police

et à Me David.

Fait à Paris, le 28 octobre 2024.

Le juge des référés,

L. Gros

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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