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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2426458

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2426458

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2426458
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantOTTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Ottou, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite intervenue le 5 septembre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler à la suite de sa demande d'admission au séjour à titre exceptionnel ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, dans l'attente de l'examen de sa demande, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans un délai de 15 jours suivant l'ordonnance à intervenir, sous d'astreinte de 100 euros par jour de retard

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Ottou au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ou si la demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de mettre cette somme à la charge de l'Etat à verser à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

-la décision attaquée compromet son insertion professionnelle future et il ne pourra pas valider son CAP ; ainsi pour l'année scolaire 2024/2025, il est inscrit en deuxième année d'un CAP peintre applicateur de revêtement à l'Eco et a obtenu un contrat en apprentissage du 2 septembre 2024 au 31 août 2025 auprès de la société SAS Alazard

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

-la décision attaquée n'est pas motivée alors qu'une demande de communications des motifs a été envoyée le 3 octobre 2024 ;

-elle est entachée d'un défaut de base légale ;

-elle méconnait l'article R.431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L 435-1 du même code ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2426459 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 10 octobre 2024, en présence de M. Lemieux, greffier d'audience, Mme E a lu son rapport et entendu les observations de Me Ottou pour M. B, le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien, né le 15 décembre 2004 est entré sur le territoire français en 2021 à l'âge de 17 ans. Il a été pris en charge par la Fondation de l'Armée du Salut et a été hébergé au centre d'hébergement d'urgence jeune D C. En 2022, il a intégré une classe de troisième et en 2023, il a intégré une formation pour un certificat d'aptitude professionnelle de peintre applicateur de revêtement au Lycée Hector Guimard, dans le 19ème arrondissement de Paris et a effectué de nombreux stages en milieu professionnel, notamment au sein de la société SAS Alazard. Au titre de l'année scolaire 2024/2025, il est inscrit en deuxième année de ce CAP peintre applicateur de revêtement à l'éco Campus du Bâtiment et a obtenu un contrat en apprentissage du 2 septembre 2024 au 31 août 2025 auprès de la société SAS Alazard où il avait effectué ses stages l'année précédente. Il a alors sollicité le 5 septembre 2024 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite intervenue le 5 septembre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Il résulte de l'instruction que le requérant a déposé le 5 septembre 2024 une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans se voir remettre le récépissé prévu par l'article R. 431-12 du même code. M. B justifie qu'il a obtenu un contrat en apprentissage du 2 septembre 2024 au 31 août 2025 auprès de la société SAS Alazard afin de valider sa formation en alternance qui risque ainsi d'être remise en cause en l'absence de récépissé l'autorisant à travailler. Dans ces conditions, le requérant établit l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ce qu'au demeurant le préfet de police ne conteste pas n'ayant pas produit de mémoire en défense et n'étant ni présent ni représenté à l'audience.

7. Par ailleurs et dès lors que l'incomplétude du dossier du requérant n'est ni établie ni même alléguée par le préfet de police, qui n'a pas produit d'observations, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à M. B un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur les conclusions tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. L'exécution de la présente ordonnance implique seulement que le préfet de police délivre à M. B, dans un délai de quinze jours à compter de sa notification, le récépissé prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile assorti d'une autorisation de travail, qui devra être renouvelé jusqu'à ce que le préfet de police se prononce sur la demande de titre de séjour de l'intéressé. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10. M. B a été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, d'une part, et de la renonciation par Me Ottou à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, d'autre part, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Ottou au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans l'hypothèse où M. B ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite intervenue le 5 septembre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à M. B un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur les conclusions tendant à l'annulation de cette décision.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. B un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à Me Ottou une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat. Dans l'hypothèse où M. B ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Ottou et au ministre de l'intérieur.

Copie sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 11 octobre 2024.

La juge des référés,

J. EVGENAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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