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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2426580

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2426580

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2426580
TypeOrdonnance
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a été saisi par une ressortissante nigériane dont le récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avait expiré le 14 août 2024. La requérante faisait valoir une menace de suspension de son contrat de travail par son employeur, caractérisant une situation d'urgence et une atteinte grave à sa liberté de travailler. Le juge a estimé que l'absence de délivrance d'un nouveau récépissé constituait une atteinte grave et manifestement illégale à cette liberté fondamentale. Il a enjoint au préfet de police de convoquer l'intéressée sous trois jours pour lui remettre un récépissé autorisant le travail, sans astreinte, et a condamné l'État à lui verser 800 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Ottou, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de police de la convoquer pour lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de la délivrance de sa carte de séjour dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant d'un renouvellement de titre de séjour et que son employeur menace par courrier du 18 septembre 2024 qui lui a été notifiée le 1er octobre 2024, de suspendre son contrat de travail s'il n'est pas en mesure de justifier de la régularité de son séjour avant le 18 octobre 2024 ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et de venir, à sa liberté de travailler ainsi qu'à son droit au respect de la vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de police, représenté par Me Capuano, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas établie dès lors que la requérante n'a pas communiqué la pièce demandée les 23 mai 2023 et 29 juin 2023 pour sa demande de titre de séjour " salarié " et qu'elle n'a toujours pas sollicité de nouveau rendez-vous pour déposer un dossier administratif complet auprès des services préfectoraux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ho Si Fat, président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 7 octobre 2024 en présence de Mme Poulain, greffière d'audience, M. Ho Si Fat a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Ottou, avocate de Mme B ;

- et les observations de Me Capuano, avocate du préfet de police.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B ressortissante, nigériane entrée en France, selon ses déclarations en 2013, et depuis 2019 titulaire de titres de séjour régulièrement renouvelé jusqu'au 4 mars 2023. Depuis cette date, elle a été mise en possession de récépissés de demande de renouvellement de titre de séjour dont le dernier a expiré le 14 août 2024. N'étant pas parvenue à obtenir un nouveau titre de séjour l'autorisant à séjourner et à travailler sur le territoire français, Mme B saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative aux fins d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de la délivrance de sa carte de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".

3. Il résulte de l'instruction que depuis le 14 août 2024, Mme B n'est plus munie du récépissé visé par les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que sa demande de titre de séjour est toujours en cours d'instruction. En outre, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 18 septembre 2024, son employeur la société LCS (Luxury Cleaning Services) menace de suspendre son contrat de travail si elle ne justifie pas avant le 18 octobre 2024 d'un titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. Dans ces conditions, Mme B justifie d'une situation de particulière urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Dès lors, elle est fondée à soutenir qu'en ne renouvelant pas son récépissé de demande de carte de séjour qui a expiré le 14 août 2024, le préfet de police a porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté de travailler. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de convoquer Mme B dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance afin de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour autorisant son titulaire à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de police de convoquer Mme B dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance afin de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour autorisant son titulaire à travailler.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au préfet de police et au ministre de l'intérieur.

Fait à Paris, le 7 octobre 2024.

Le juge des référés,

F. HO SI FAT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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