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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2426663

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2426663

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2426663
TypeDécision
PublicationD
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL)

Résumé IA

Voici le résumé de la décision : Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B, ressortissant bangladais, contestant le refus de titre de séjour "salarié" et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de police le 9 septembre 2024. Le tribunal a estimé que la décision de refus était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme. Il a également jugé que l'obligation de quitter le territoire n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Besse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de cet examen, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions et de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce que son employeur n'a jamais reçu de demande d'information ou de document de la part ni du service de la main d'œuvre étrangère, ni du préfet.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2025, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier et notamment les pièces complémentaires enregistrées le 8 novembre 2024 pour M. A B.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Salzmann a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais, né le 1er janvier 1990, qui déclare être entré en France le 6 août 2019, demande l'annulation de la décision du 9 septembre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision contestée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 435-1, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier son article 8. En outre, le préfet de police, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, mentionne, outre son entrée en France alléguée le 6 août 2019, sa nationalité, son activité professionnelle de boulanger, sa demande d'autorisation de travail et qu'il est célibataire et sans charge de famille, et conclut au rejet de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de cette décision ni des pièces du dossier que celle-ci serait entachée d'une absence d'examen sérieux de la situation du requérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

7. S'il ressort des pièces du dossier que M. B séjourne habituellement en France depuis 2019, soit depuis cinq ans à la date de la décision contestée, la durée de sa présence en France ne constitue pas, à elle seule, un motif d'admission exceptionnelle au séjour. S'il se prévaut de son activité professionnelle en qualité de boulanger et notamment d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein conclu en septembre 2021, soit depuis trois ans à la date de la décision contestée, et d'une demande d'autorisation de travail, toutefois, ces éléments, s'ils manifestent un effort d'intégration professionnelle, ne sont pas suffisants pour caractériser, à la date de la décision attaquée, un motif exceptionnel de nature à justifier sa régularisation sur le territoire français. En outre, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012. Par ailleurs, M. B est célibataire, sans charge de famille et il n'établit pas, ni n'allègue au demeurant, être dépourvu d'attaches au Bangladesh où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans et où résident ses parents. Au surplus, s'il produit une attestation de langue française niveau A2, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait constitué des liens d'ordre amical, culturel et social en France, de nature à attester d'une intégration particulière. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne relevait pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a fait référence, dans sa décision, à " l'absence de réponse à la demande d'autorisation de travail du service de la main d'œuvre étrangère saisi pour avis, faute de communication de tous les éléments nécessaires à son instruction ". Si le requérant affirme que son employeur n'a jamais reçu de demande de document ou d'information quelconque de la part du service de la main d'œuvre étrangère ou de la préfecture de sorte que la décision contestée serait entachée d'un erreur de fait sur ce point, cette circonstance est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision dès lors qu'elle n'est qu'un élément parmi tous les autres éléments dont il a tenu compte pour se prononcer sur l'existence d'un motif exceptionnel. Le moyen soulevé doit donc être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Compte tenu de la situation personnelle et professionnelle de M. B, telle qu'exposée au point 7 ci-dessus, celui-ci ne justifiant pas de la réalité et de l'intensité de sa vie privée et familiale en France, le préfet de police ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet de police a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation du requérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 7 et 10 ci-dessus du présent jugement, M. B étant notamment célibataire, sans charge de famille en France et non dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, la décision contestée n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 9 septembre 2024. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et d'astreinte et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente ;

- Mme Armoët, première conseillère ;

- M. Jehl, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.

La présidente-rapporteure,

M. Salzmann

L'assesseure la plus ancienne,

E. ArmoëtLa greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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