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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2426757

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2426757

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2426757
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Debarre, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre à la préfecture la région d'Ile-de-France, préfet de Paris de l'orienter vers une structure adaptée dans un délai de douze heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, jusqu'à ce que l'autorité judiciaire se soit prononcée de manière définitive sur sa minorité ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors qu'il ne peut pas accéder au service du 115 en raison de sa qualité de mineur, isolé et démuni ;

- la décision de la ville de Paris sur l'évaluation de sa minorité est erronée ;

- la carence de l'Etat porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un hébergement d'urgence, alors qu'il se trouve dans une situation de détresse psychique et sociale, et à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3§1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la carence de l'Etat n'est pas caractérisée en l'absence de démarches auprès du 115 et en l'absence de justification de sa situation de détresse particulière.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Weidenfeld, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 octobre 2024, tenue en présence de Mme Permalnaick, greffière d'audience, M. Weidenfeld a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Gairaud, représentant M. A,

- les observations de Me Goulard, substituant Me Falala, pour le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gambien né le 27 avril 2008 selon ses déclarations, s'est présenté à l'accueil pour mineurs non accompagnés de la ville de Paris le 28 août 2024. A l'issue de l'entretien d'évaluation de sa minorité et de son isolement, la ville de Paris n'a pas reconnu sa minorité par une décision du 2 septembre 2024. Le requérant ayant saisi le tribunal pour enfants le 17 septembre 2024, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris de l'orienter vers une structure d'hébergement adaptée jusqu'à l'issue de sa procédure judiciaire.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

3. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. D'une part, si le requérant fait valoir que ses demandes auprès du 115 sont vouées à l'échec, il n'apporte aucun élément de nature à le justifier et, partant, à établir que l'Etat a effectivement méconnu l'obligation d'hébergement qui lui incombe. D'autre part, la seule circonstance que le requérant se présente comme mineur, alors que sa minorité n'a, à la date de la présente ordonnance, pas été reconnue, ne permet pas de caractériser une situation de détresse particulière au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas d'une carence caractérisée des services de l'Etat au sens des dispositions précitées et compte tenu de la saturation du dispositif d'accueil des personnes mal ou non logées.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Debarre et à la ministre de la santé et de l'accès aux soins.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 9 octobre 2024.

La juge des référés,

K. WEIDENFELD

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2426757/9

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