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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2426776

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2426776

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2426776
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Hug, demande à la juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui remettre une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans le délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve

Mme B soutient que :

Sur l'urgence :

- cette condition est remplie dès lors qu'elle doit bénéficier de plein droit d'une carte de résident en qualité de membre de famille d'un bénéficiaire du statut de réfugié, elle ne peut percevoir aucune aide sociale ni d'une prise en charge des soins médicaux nécessaires alors qu'elle est sur le point d'accoucher, et voit ses démarches d'insertion bloquées.

Sur le doute quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 424-1 et L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- la requête enregistrée sous le n° 2416864 le 21 juin 2024 par laquelle la requérante a sollicité l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme. Weidenfeld pour statuer sur les demandes de référé, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante afghane née le 28 décembre 1993 et arrivée en France le 31 octobre 2023, titulaire d'un visa valable jusqu'au 21 janvier 2024, a déposé auprès du préfet de police de Paris une demande de délivrance d'une carte de résident le 15 novembre 2023 en tant que conjointe d'une personne bénéficiant du statut de réfugié, en application de l'article L. 424-3 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'absence de réponse à cette demande, une décision implicite de rejet de celle-ci est née. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour prise par le préfet de police de Paris.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". En vertu de son article L. 522-3, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie.

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme B a sollicité le 15 novembre 2023 la délivrance d'une carte de résident après que la qualité de réfugié a été reconnue à son conjoint, M. C B, le 26 avril 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Si elle a été mise en possession d'une attestation de prolongation d'instruction, celle-ci a expiré le 24 septembre 2024 et n'a pas été renouvelée.

5. Pour justifier de l'urgence, la requérante fait valoir que l'absence de récépissé de demande de titre de séjour, attestant de la régularité de son séjour, fait obstacle à sa prise en charge médicale alors qu'elle doit accoucher à la fin de l'année, à ce qu'elle puisse s'insérer et percevoir des aides sociales. Toutefois, il est constant que Mme B bénéficie d'un hébergement provisoire. Par ailleurs, en l'état de l'instruction, elle ne justifie ni de perspectives professionnelles ni de démarches en vue d'obtenir une aide sociale. Enfin, Mme B, résidant depuis plus de trois mois en France de manière ininterrompue, il lui est loisible de solliciter le dispositif de l'aide médicale de l'Etat qui prend en charge, notamment, tous les soins de la femme enceinte et du nouveau-né, y compris donc les examens de prévention réalisés pendant et après la grossesse. Dans ces conditions, l'intéressée ne justifie pas que la décision attaquée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation, alors, au demeurant, que la requête au fond présentée par Mme B sera examinée à l'audience du 8 novembre 2024. La condition d'urgence n'étant pas satisfaite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de Mme B en toutes ses conclusions, y compris donc celles relatives à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à Me Hug.

Fait à Paris, le 10 octobre 2024,

La juge des référés,

K. Weidenfeld

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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