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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2426941

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2426941

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2426941
TypeOrdonnance
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024, Mme B, représentée par Me Toujas, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de suspendre l'exécution de la décision du 5 août 2024, par laquelle il lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail, dans un délai de trois jours, suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient :

Sur l'urgence :

- l'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;

- le refus qui lui est opposé a des conséquences immédiates et graves pour sa situation personnelle la plaçant dans une situation de précarité pécuniaire.

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté :

- la décision litigieuse n'a pas été signée par une personne ayant régulièrement reçu compétence pour ce faire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 ainsi que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 8 octobre 2024 sous le numéro 2426892 par laquelle

Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi du 10 juillet 1991

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hermann Jager, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Rajaobelison, greffière d'audience, Mme Hermann Jager a lu son rapport et entendu :

- Me Toujas pour la requérante, en ses observations, reprenant ses écritures,

- Me Floret, substituant Me Tomasi, pour le préfet de police, faisant valoir l'absence d'urgence ainsi que de doute sérieux sur la légalité de l'arrêté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante camerounaise, née le 28 décembre 1984, est entrée en mai 2013 sur le territoire français. Dès le 29 mai 2013, une infection virale chronique a été détectée et depuis lors, Mme B, qui a été munie de titres de séjour, est suivie dans le service de médecine interne et immunologie clinique de la Pitié Salpêtrière. Le 26 juin 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et un récépissé valable jusqu'au 25 janvier 2024 lui a été délivré. Par un arrêté du 5 août 2024, le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ou tout autre pays dans lequel elle établit être légalement admissible. Mme B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa requête en annulation.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 10 septembre 2024. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes, d'une part, du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ". Aux termes, d'autre part, de l'article R. 312-8 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux décisions individuelles prises à l'encontre de personnes par les autorités administratives dans l'exercice de leurs pouvoirs de police relèvent de la compétence du tribunal administratif du lieu de résidence des personnes faisant l'objet des décisions attaquées à la date desdites décisions ". Et l'article R. 522-8-1 dudit code dispose que : " Par dérogation aux dispositions du titre V du livre III du présent code, le juge des référés qui entend décliner la compétence de la juridiction rejette les conclusions dont il est saisi par voie d'ordonnance ".

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

Sur l'urgence :

5. S'agissant d'une décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour précédemment délivré sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'urgence est présumée. La requérante justifie ainsi d'une situation d'urgence.

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

6. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués n'est de nature à démontrer l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour. Par suite, l'une des conditions prescrites par les dispositions précitées pour suspendre l'exécution d'une décision n'étant pas remplie, les conclusions aux fins de suspension de l'arrêté en litige doivent être rejetées, de même que doivent l'être, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au préfet de police.

Fait à Paris, le 24 octobre 2024 .

La juge des référés,

V. Hermann Jager

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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