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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2426950

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2426950

samedi 12 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2426950
TypeOrdonnance
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 et 10 octobre 2024, M. B A, représenté par son tuteur le SMJPM Ariane Farlet, ayant pour avocat Me Fazolo, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qui sera versée à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- il justifie de circonstances nouvelles depuis l'intervention de l'arrêté contesté ;

- il justifie également de l'existence d'une situation d'urgence en raison de l'imminence de l'exécution de l'arrêté.

Des pièces enregistrées le 10 octobre 2024 ont été produites par le préfet de police représenté par Me Schwilden.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Mme Giraudon a été désignée par le président du tribunal pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à une audience publique.

Au cours de l'audience publique du 11 octobre 2024, tenue en présence de M. Drai, greffier, Mme Giraudon a donné lecture de son rapport et entendu :

- les observations de Me Fazolo, représentant M. A ;

- les observations de Me Schwilden représentant le préfet de police qui a conclu au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de M. A, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Eu égard à son office, qui consiste à assurer la sauvegarde des libertés fondamentales, il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de prendre, en cas d'urgence, toutes les mesures qui sont de nature à remédier à bref délai aux effets résultant d'une atteinte grave et manifestement illégale portée, par une autorité administrative, à une liberté fondamentale.

3. Par ses articles L. 613-1 à L. 614-19, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a organisé une procédure particulière de contestation de la légalité d'un arrêté obligeant un étranger à quitter le territoire français. Cette procédure se traduit notamment par le caractère non exécutoire d'un tel arrêté pendant le délai de recours ouvert à son encontre, par l'effet suspensif attaché à la demande formée devant le tribunal administratif jusqu'à ce que le président du tribunal ou son délégué ait statué, ainsi que par l'existence d'une procédure d'appel. Par ces dispositions, le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédures contentieuses régissant la contestation devant la juridiction administrative d'un arrêté préfectoral obligeant un étranger à quitter le territoire français. Ainsi, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français n'est pas justiciable en principe des procédures de référé instituées par le livre V du code de justice administrative. Le mécanisme particulier de contestation d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français ainsi décrit ne fait cependant pas obstacle à l'intervention du juge des référés dans le cas où les mesures par lesquelles il est procédé à l'exécution d'un tel arrêté comportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait depuis l'intervention de cet arrêté, excèdent le cadre qu'implique normalement sa mise à exécution.

4. M. A, ressortissant afghan né le 1er janvier 2002, a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire sans délai édictée par le préfet de police le 2 août 2024. Par un jugement du 20 août 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal a rejeté la requête de M. A dirigée contre cette décision. Pour justifier de l'existence de circonstances nouvelles ce dernier invoque son état de santé et produit un certificat médical établi le 30 septembre 2024 par le médecin coordinateur du comité pour la santé des exilés qui précise que M. A remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour pour soins. Il résulte toutefois de l'instruction que l'état de santé du requérant n'a pas évolué depuis l'édiction de l'arrêté litigieux et que le service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, saisi par le préfet de police, a d'ailleurs estimé dans un avis du 5 août 2024 que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier d'une offre de soins approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque.

5. L'état de santé du requérant ne constituant pas une circonstance nouvelle depuis l'édiction de l'arrêté du 2 août 2024, les conclusions de M. A tendant à ce que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ordonne la suspension de l'exécution de cette mesure d'éloignement doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : La requête de M. A est rejetée pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, représenté par son tuteur le SMJPM Ariane Farlet, au ministre de l'intérieur et à Me Fazolo.

Copie en sera adressée au préfet de police et au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 12 octobre 2024.

La juge des référés,

M.-C. GIRAUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2426950/9

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