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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2427151

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2427151

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2427151
TypeDécision
Avocat requérantROSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2024 ,M. A B représenté par Me Rosin, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridique provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de procéder au renouvellement de sa carte de résident, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal de lui délivrer, à titre provisoire, une carte de résident valable 10 ans dans un délai de 15 jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative, et en cas de refus définitif d'admission au bénéfice de lui verser cette somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- elle est présumée en matière de refus de renouvellement de titre ;

- la détention d'une autorisation au séjour conditionne sa prise en charge au sein de l'EPHAD dans lequel il réside ;

- il est particulièrement fragile ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 433-2, L. 411-5 et L.432-3 du code de l'entrée et du séjour ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 10 octobre 2024, sous le numéro 2427153, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Pochot, greffier d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations de Me Rosin, représentant M. B a déclaré se désister des conclusions au fin d'injonction en tant qu'elles incluaient une demande d'autorisation de travail et y substituer des conclusions tendant à obtenir la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sans délai.

La clôture de l'instruction été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 18 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant iranien, a sollicité le 18 avril 2024 le renouvellement de sa carte de résident et après le dépôt et l'enregistrement de son dossier un récépissé de sa demande lui a été délivré. Par la présente requête, il demande la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet a refusé de faire droit à sa demande.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

Sur l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe présumée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision attaquée, M. B soutient que sa demande de titre de séjour est une demande de renouvellement, ce que ne conteste pas le préfet de police. Dès lors, l'urgence, présumée en l'espèce, est caractérisée.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

6. Aux termes de l'article L. 433- 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'absence de menace grave pour l'ordre public, de l'établissement de la résidence habituelle de l'étranger en France et des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. "

7. Il résulte de l'instruction que M. B a sollicité le renouvellement de sa carte de résident le 18 avril 2024. Il a été mis en possession d'un récépissé de sa demande valable du 18 avril 2024 jusqu'au 17 octobre 2024. Le préfet de police qui n'a pas présenté d'observations en défense ne justifie par aucun motif le refus implicite de délivrance de titre de séjour. Alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la présence en France de M. B présenterait une menace grave pour l'ordre public, qu'il n'y aurait pas sa résidence habituelle ou qu'il y vivrait en état de polygamie, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 433-2 est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, sans qu'il ne soit besoin de statuer sur les autres moyens, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution de la présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder, à titre provisoire et conservatoire, à la délivrance à M. B d'une carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer sans délai, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. M. B est admis, à titre provisoire, par l'ordonnance au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son avocat est fondé à sa prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rosin, avocat de M. B, de la somme de 1 500 euros sous réserve de la renonciation par cet avocat à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique et de l'admission définitive de M. B au bénéfice de cette aide. Pour le cas où il n'y serait pas admis cette somme lui sera versée personnellement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent de délivrer à M. B, à titre provisoire et conservatoire, une carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer sans délai, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Rosin la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Rosin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridique et que M. B soit admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où il n'y serait pas admis, cette même somme lui sera versée personnellement sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au Préfet de police et à Me Rosin.

Fait à Paris, le 23 octobre 2024.

Le juge des référés,

J.-F. C

La République mande et ordonne au préfet de police et à tout autre préfet territorialement compétent, chacun en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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