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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2427268

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2427268

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2427268
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantGRÜNDLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 et 21 octobre 2024, M. C B A, retenu au centre de rétention administrative de Paris, représenté par Me Gründler, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné ainsi que l'arrêté par lequel le préfet a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le Système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- Ces décisions sont prises par une autorité incompétente ;

- Elles sont insuffisamment motivées et révèlent un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- Elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- Cette décision viole le principe du contradictoire et le droit d'être entendu préalablement ;

- Elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Elle viole l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- Cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- Cette décision est illégale en raison de l'illégalité qui affecte la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- Cette décision est illégale en raison de l'illégalité qui affecte la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- Elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- La convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Matalon en application de l'article L. 922.2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de M. Matalon ;

- Les observations orales de Me Gründler représentant M. B A qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens ;

- Et les observations orales de Me Jacquard, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A ressortissant colombien né le 20 mai 1981 demande l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné ainsi que l'arrêté par lequel le préfet a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le Système d'information Schengen.

Sur les moyens conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B A partage sa vie avec une ressortissante française et qu'il est le père de deux enfants, dont une petite fille de 6 ans prénommée Salomé, issue de sa relation avec sa compagne de nationalité française. M. B A établit, par la production de nombreuses pièces : justificatif de déplacement petite enfance, attestation du centre de loisir de Levallois-Perret, certificat d'inscription scolaire pour l'année 2023/2024, courrier émanant du ministère de l'éducation nationale, photographie de famille, adresse commune avec sa compagne au 17 rue de Trezel, 92300 Levallois-Perret, la réalité et l'intensité de sa vie familiale actuelle et de ce qu'il vit au domicile de sa compagne et participe à l'entretien et à l'éducation de leur fille. Par suite, M. B A est fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné, porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné. Par voie de conséquence, doit aussi être annulé l'arrêté du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. Le présent jugement implique que, par application de l'article L. 614-6 du code précité, le préfet de police ou le préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. B A. Il y a ainsi lieu d'enjoindre au préfet de police ou le préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel le préfet de police a obligé M. B A à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, et a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné ainsi que l'arrêté par lequel le préfet a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation administrative de M. B A dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour et de procéder à l'effacement de son signalement dans le Système d'information Schengen.

Article 3 : L'État versera à M. B A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au préfet de police.

Décision rendue le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,La greffière

D. MATALON D. PERMALNAICK

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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