vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2427510 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2024, Mme C A D, représentée par Me Ottou, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une convocation en vue d'effectuer le renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qui sera versée à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou qui lui sera versée.
Mme A D soutient que :
- elle justifie de l'existence d'une situation d'urgence ;
- la carence des services préfectoraux porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à la liberté de travailler et au droit de mener une vie privée et familiale normale.
Des pièces enregistrées le 17 octobre 2024 ont été produites par le préfet de police représenté par le cabinet Centaure Avocats.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Mme Giraudon a été désignée par le président du tribunal pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à une audience publique.
Au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024, tenue en présence de Mme Dupouy, greffière, Mme Giraudon a donné lecture de son rapport et entendu :
- les observations de Me Clouzeau, substituant Me Ottou, représentant Mme A D ;
- les observations de Me Khan représentant le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de Mme A D, il y a lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. Mme A D, ressortissante centrafricaine née le 24 janvier 2004, est arrivée en France en 2008 et y réside depuis lors. Elle a été prise en charge par l'aide sociale à l'enfance et a bénéficié de contrats " jeunes majeurs ". B sa majorité, elle s'est vu remettre une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 28 mars 2024. Elle en demanda le renouvellement sur la plateforme ANEF qui l'informa que sa demande de renouvellement de titre de séjour devait être formée auprès de sa préfecture de résidence. Ne parvenant pas à obtenir un rendez-vous, elle s'est à nouveau adressée à l'ANEF qui lui a délivré une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 23 août 2024. Depuis cette date, en dépit de ses démarches, elle ne parvient pas à obtenir un rendez-vous auprès de la préfecture de police. Or, il résulte de l'instruction qu'elle suit actuellement une formation en apprentissage et que son employeur l'a informée le 11 octobre 2024 qu'il serait contraint de la licencier si elle ne justifiait pas de la régularité de son séjour dans un délai de quinze jours. Il en résulte que la condition de l'urgence est satisfaite. En outre, en n'accordant pas de rendez-vous à la requérante pour qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et en ne lui délivrant pas une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, le préfet de police, dans les circonstances de l'espèce, porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de Mme A D de mener une vie privée normale.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de donner un rendez-vous à Mme A D dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance pour qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu à ce stade d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
5.Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros qui sera versée à Me Ottou en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Mme A D soit définitivement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où elle ne serait pas définitivement admise à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée.
O R D O N N E
Article 1er : Mme A D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de donner un rendez-vous à Mme A D dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance pour qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Ottou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Oottou, avocat de Mme A D, une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans l'hypothèse où elle ne serait pas définitivement admise à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée.
Article 4 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C C A D, au ministre de l'intérieur et à Me Ottou.
Copie en sera adressée au préfet de police et au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Paris, le 18 octobre 2024.
La juge des référés,
M.-C. GIRAUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2427510/9