jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2427578 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Souty, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, la suspension de l'exécution de la décision implicite ou explicite par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros hors taxes (1 440 euros toutes taxes comprises) au bénéfice de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'Etat, ou, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, directement à son bénéfice en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est présumée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour et qu'il se trouve bloqué dans ses démarches administratives, sociales et professionnelles ;
- il existe un doute sérieux quant à la décision implicite de rejet attaquée dès lors que celle-ci est entachée d'incompétence, qu'elle n'est pas motivée, qu'elle n'a pas été précédée d'un examen personnalisé de sa situation, qu'elle est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour, qu'elle méconnaît l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 426-17 du même code et les stipulations de l'article 11 de l'accord franco-congolais, qu'elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- subsidiairement, il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 29 janvier 2024 dès lors que celle-ci est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation du requérant, d'un vice de procédure tenant à l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, d'une erreur de droit, d'une méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2427580 le 15 octobre 2024 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Delesalle comme juge des référés sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 octobre 2024 :
- le rapport de M. Delesalle, juge des référés ;
- les observations de Me Souty, avocat de M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et précise que le courriel du 14 août 2024 a révélé l'existence d'une décision de refus, que son courrier du 10 mars 2024 est un complément de sa demande de titre de séjour initiale et non pas une nouvelle demande ne tendant qu'à la délivrance d'une carte de résident, que les récépissé délivrés en 2024 font expressément référence à sa demande de renouvellement de son titre de séjour délivré le 20 mars 2023 et ne correspondent donc pas à une autre demande, et qu'aucune condition de revenus ne peut lui être opposée dès lors qu'il bénéficie de l'allocation pour adultes handicapés, et que sa société est viable ainsi que l'atteste l'obtention de prix ;
- les observations de Me Bouziza, avocat du préfet de police, qui conclut au rejet de la requête, en soutenant que la demande de titre de séjour présentée par M. B sur le fondement de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été rejetée par une décision du 29 janvier 2024, quand bien même il aurait bénéficié ultérieurement de récépissés de demande de titre de séjour, dans la mesure où il n'en remplissait pas les condition d'obtention puisque sa société est en situation difficile et qu'il n'en retire quasiment pas de revenus, que son courrier du 10 mars 2024 constituait une nouvelle demande de titre de séjour pour laquelle il a bénéficié de récépissés et qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet.
La clôture de l'instruction, initialement prononcée à l'issue de l'audience publique, a été reportée au 29 octobre 2024 à 12h00.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de la République du Congo né le 25 mars 1991, et entré sur le territoire français le 10 septembre 2009 selon ses déclarations, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté explicitement ou implicitement sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'étendue du litige :
4. Il résulte de l'instruction que M. B est entré sur le territoire français le 10 septembre 2009 sous couvert d'un visa long séjour étudiant. Après avoir obtenu plusieurs titres de séjour, il a bénéficié en dernier lieu d'une carte de séjour temporaire portant la mention " Entrepreneur/Profession libérale " l'autorisant à exercer une activité non salariée, valable du 21 mars 2022 au 20 mars 2023, dont il a sollicité le renouvellement le 21 février 2023 sur le même fondement. Il s'est vu délivrer plusieurs récépissés de demande de carte de séjour dans le cadre du renouvellement sollicité, dont le dernier a expiré le 25 juin 2024. Le 14 août 2024, en réponse à sa demande tendant au renouvellement de ce document, il a été informé par courriel que sa demande de titre de séjour avait été rejetée et il résulte de ses déclarations qu'il a reçu communication par l'administration d'une décision du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet de police a expressément rejeté sa demande de titre de renouvellement de titre de séjour. Dans ces conditions, sa demande doit être regardée comme ayant été rejetée par la décision du 29 janvier 2024, sans qu'ait d'incidence la délivrance ultérieure de récépissés, lesquels n'ont pas eu pour objet ou pour effet de l'abroger ou de la retirer, et n'ont d'ailleurs pas fait obstacle à la naissance d'une décision implicite de rejet née dès le 21 juin 2023, à laquelle s'est substituée cette décision explicite. En outre, si, par un courrier avec avis de réception reçu le 18 mars 2024 en préfecture, M. B allègue avoir présenté une demande de complément à sa demande en sollicitant la délivrance d'une carte de résident sur le fondement des dispositions et stipulations combinées de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile et de l'article 11 de l'accord franco-congolais relatif à la circulation et au séjour des personnes, il ne sollicite pas, en tout état de cause, la suspension d'une décision de rejet distincte, laquelle n'aurait pas au demeurant été susceptible de naître en l'absence de comparution personnelle en préfecture. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, les conclusions de M. B doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 29 janvier 2024 du préfet de police.
En ce qui concerne l'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de ce refus sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
6. M. B sollicitant le renouvellement de son titre de séjour, et le préfet de police ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec en l'espèce à la présomption d'urgence qui existe en pareil cas, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité est remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité :
7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision du 29 janvier 2024 sur la situation personnelle de M. B est de nature à créer un doute sérieux quant à sa légalité.
8. Il résulte des points 6 et 7 qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la demande tendant à son annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans cette attente, dans un délai de sept jours, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, et en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat, Me Souty, peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser Me Souty, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. Dans le cas où M. B ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la demande tendant à son annulation.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans cette attente, dans un délai de sept jours, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'Etat versera à Me Souty la somme de 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où M. B ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. B est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et à Me Souty.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 31 octobre 2024.
Le juge des référés,
H. Delesalle
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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