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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2427679

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2427679

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2427679
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCOLLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 octobre 2024, M. B A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel le préfet de police a porté l'interdiction de retour sur le territoire français à une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des frais irrépétibles engagés et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

-la décision est entachée d'une incompétence de son auteur ;

-la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen personnalisé ;

-l'arrêté est entaché d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

-la décision est entachée d'une incompétence de son auteur ;

-la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen personnalisé ;

-l'arrêté est entaché d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant fixation du pays de renvoi :

-la décision est entachée d'une incompétence de son auteur ;

-la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen personnalisé ;

-l'arrêté est entaché d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-l'arrêté est entaché d'une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

-la décision est entachée d'une incompétence de son auteur ;

-la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen personnalisé ;

-l'arrêté est entaché d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Vu, enregistré le 31 octobre 2024, le mémoire par lequel le préfet de police représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

-le courrier du 24 octobre 2024 par lequel le tribunal informe les parties qu'il est susceptible de soulever d'office l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 28 septembre 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis et laisse aux parties un délai jusqu'au 1er novembre à 17h00 pour y répondre ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement n° 343/2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Collas, avocat commis d'office, représentant M. A,

- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalaise né le 5 mai 1998, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel le préfet de police a porté l'interdiction de retour sur le territoire français le concernant d'une durée de vingt-quatre mois à trente-six mois.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 28 septembre 2023 du préfet de Seine-Saint-Denis :

2. Si M. A produit des conclusions qui seraient y dirigées contre une obligation de quitter le territoire français, d'une part, il ne la mentionne pas expressément dans son recours et d'autre part, il joint à son recours la seule décision du préfet de police qui augmente de douze à trente-six mois l'interdiction de retour sur le territoire le concernant. Par suite, à supposer ses conclusions dirigées contre la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis qui ne sont même pas évoquées à titre de l'exception d'illégalité, celles-ci sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00924 du 8 juillet 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de police a donné à Mme C D délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature des actes attaqués. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

5. la décision litigieuse mentionne que M. A représente une menace pour l'ordre public, ayant été signalé le 12 octobre 2024 par les services de police pour usage, détention offre cession et acquisition de stupéfiants, allège être entré sur le territoire en 2018, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 28 septembre 2023 prise par le préfet de Seine-Saint-Denis à laquelle il s'est soustrait, a déjà à cette même date, fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Dès lors le moyen tiré de l'insuffisance motivation et d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.

6. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est dépourvu de toute précision et doit, en tout état de cause, être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

P. ELa greffière,

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2427679/8

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