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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2427724

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2427724

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2427724
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2024, M. B A C, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Paris-Vincennes, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 15 octobre 2024 par lesquels le préfet de police, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, fixé le pays de son éloignement et, d'autre part, lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant 36 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'illégalité, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, laquelle est entachée d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1, alinéa 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, est entachée d'une erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-11 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Des pièces, produites par le préfet de police, ont été enregistrées le 28 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article L. 922-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Agahi-Alaoui, avocat commis d'office représentant M. A C,

- et les observations de Me Floret, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 6 juin 1986, a été interpellé par les services de police le 14 octobre 2024 pour des faits de viol commis par une personne en état d'ivresse manifeste. Par un premier arrêté du 15 octobre 2024, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. Par un second arrêté du même jour, il lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois. M. A C demande l'annulation de ces arrêtés.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Pierre Mathieu, attaché d'administration de l'État, directement placé sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, et sans qu'il soit besoin que le préfet produise une copie de son arrêté, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient M. A C, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la police aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier et sérieux de la situation personnelle de M. A C, avant d'édicter les décisions litigieuses.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, M. A C soutient que la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision implicite de rejet de la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'il allègue avoir déposée le 14 mars 2023. Cependant, il ressort des mentions portées sur l'arrêté attaqué, que pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre du requérant, le préfet de police s'est exclusivement fondé sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au vu de la circonstance que le requérant s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour par un arrêté du préfet de police du 23 janvier 2020 et qu'il se maintient irrégulièrement depuis cette date. Ainsi, la décision attaquée n'a pas été prise pour l'application de la décision implicite de rejet de la demande d'admission exceptionnelle au séjour, laquelle n'en constitue pas davantage la base légale. Dès lors, le moyen d'exception d'illégalité doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

7. Au cas d'espèce, M. A C ne peut valablement se prévaloir de sa durée de séjour sur le territoire français laquelle résulte, au moins partiellement, de ce qu'il ne s'est pas conformé à deux mesures d'éloignement prononcées à son encontre, le 24 novembre 2017 et le 23 janvier 2020, la légalité de la première ayant été confirmée par le tribunal administratif de Paris par un jugement n°1719624 du 6 février 2018. En outre, l'intéressé est célibataire et sans charge de famille et ne justifie pas d'une réelle insertion dans la société française par la seule circonstance qu'il travaille depuis sept mois dans le secteur du commerce. Au demeurant, il est défavorablement connu des services de police pour des faits de viol en état d'ivresse. Au regard de l'ensemble de ces éléments, l'atteinte portée par le préfet de police au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, protégé par les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne présente pas de caractère excessif. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par conséquent, être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de de l'article L. 613-1, inséré au chapitre III intitulé " Procédure administrative ", du titre Ier du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

9. Ces dispositions sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier plus largement le droit au séjour de l'étranger au regard des informations en sa possession résultant en particulier de l'audition de l'intéressé, compte tenu notamment de la durée de sa présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un droit au séjour, une telle vérification constituant ainsi une garantie pour l'étranger.

10. En l'espèce, si l'arrêté attaqué ne mentionne pas expressément que l'autorité préfectorale aurait procédé à la vérification mentionnée au point précédent, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police, avant de prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée, a néanmoins vérifié, compte tenu des informations en sa possession, et notamment des éléments recueillis lors de l'audition du requérant le 14 octobre 2024 si M. A C pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour ou, à défaut, si la durée de sa présence en France et la nature et l'ancienneté des liens qu'il y entretient ou encore des circonstances humanitaires justifient qu'il se voie délivrer un tel titre. A cet égard, la décision attaquée mentionne que l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis une précédente décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, et que " compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant pourrait prétendre à se voir délivrer de plein droit un titre de séjour de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 doit également être écarté.

11. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation dont l'autorité administrative aurait entaché la mesure d'éloignement litigieuse, n'est pas établie, au regard des motifs précédemment exposés.

En ce qui concerne le refus d'octroi de délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, les moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés, M. A C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () "

14. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour obliger le requérant à quitter le territoire français, le préfet de police s'est fondé sur les dispositions du 3° de l'article L 611-1 du code précité dès lors que l'intéressé s'était maintenu sur le territoire français sans avoir demandé le renouvellement de son titre de séjour. La circonstance, à la supposer établie, qu'il ne représenterait pas une menace à l'ordre public ne faisait pas obstacle à l'application de ces dispositions. Dans ces conditions, et alors, au surplus, que M. A C ne s'est pas conformé à la précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre, le préfet de police était fondé à tenir le risque de fuite pour établi. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions citées au point précédent que le préfet a pu refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire.

15. En troisième lieu, pour les motifs précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire, n'est pas établie.

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

16. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. A C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays d'éloignement serait privée de base légale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. A C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait privée de base légale.

18. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

19. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à M. A C de retourner sur le territoire français pour une durée de 36 mois, le préfet de police, après avoir rappelé dans la décision attaquée la situation personnelle de l'intéressé, a retenu qu'aucun délai de départ volontaire ne lui avait été accordé, qu'il avait déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 20 janvier 2020 à laquelle il s'est soustrait, qu'il ne peut présenter de documents de voyage ou d'identité en cours de validité, et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale et qu'il est célibataire et sans enfant. Dans ces conditions, M. A C n'établit pas que le préfet de police aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par suite, le préfet de police n'ayant pas méconnu les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A C tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de police du 15 octobre 2024 ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles liées aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet de police.

Décision rendue le 29 octobre 2024.

La magistrate désignée,

C. D

La greffière,

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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