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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2427737

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2427737

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2427737
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 16, 17 et 23 octobre 2024, M. C B A, représenté par Me Amzallag, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 25 septembre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de lui renouveler sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent : profession artistique et culturelle " ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation administrative sans délai sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil, Me Amzallag, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Amzallag renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant d'un renouvellement de titre de séjour et, en l'espèce, la décision attaquée fait peser un risque immédiat sur la poursuite de son travail, le plaçant de fait dans une situation de précarité administrative et économique ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse dès lors qu'elle a été signée par une autorité incompétente, qu'elle n'a pas été adoptée à l'issue d'un examen particulier de sa situation, qu'elle est insuffisamment motivée, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation professionnelle et au montant de ses ressources et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2427735 par laquelle M. B A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné M. Sorin, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Jeang, greffière :

- le rapport de M. Sorin,

- et les observations de Me Amzallag, représentant M. B A, présent.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B A, ressortissant colombien né le 3 janvier 1977, est entré en France le 15 août 2012 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant. Il réside depuis lors de manière régulière et justifie d'une activité professionnelle continue en qualité d'artiste photographe. Il a déposé le 14 août 2024 une demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent : profession artistique et culturelle ". Il demande par la présente requête la suspension de l'exécution de la décision du 25 septembre 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté cette demande, aux motifs qu'il ne justifiait pas de ressources mensuelles tirées de l'activité artistique au moins équivalentes à 70% du SMIC en vigueur et qu'au surplus il ne justifiait pas de projets artistiques tels que définis aux articles L. 112-1 et L. 212-1 du Code de la propriété intellectuelle.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

5. En l'espèce, la décision attaquée, portant refus de renouvellement du titre de séjour de M. B A, le place dans une situation de précarité administrative et financière de nature à regarder la condition relative à l'urgence comme satisfaite.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

6. Aux termes de l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce la profession d'artiste-interprète, définie à l'article L. 212-1 du code de la propriété intellectuelle, ou qui est auteur d'une œuvre littéraire ou artistique mentionnée à l'article L. 112-2 du même code se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent " d'une durée maximale de quatre ans, sous réserve de justifier du seuil de rémunération fixé par décret en Conseil d'Etat () ". Suivant le paragraphe 13 de l'annexe 10 du même code tel qu'approuvé par l'ordonnance du 16 novembre 2020, reprenant l'article R. 313-68 du code en vigueur avant le 1er mai 2021, les pièces à fournir en première demande ou changement de statut pour l'obtention de la carte de séjour lorsque l'étranger n'exerce pas une activité salariée sont : " les documents justifiant de la qualité d'artiste ou d'auteur d'œuvre littéraire ou artistique " et les " justificatifs de ressources, issues principalement (au moins 51 %) de l'activité, pour la période envisagée, pour un montant au moins équivalent à 70 % du SMIC brut pour un emploi à temps plein par mois de séjour en France. "

7. Au regard de ses écritures et de l'ensemble des pièces produites, et alors que le préfet de police se borne à relever dans son mémoire en défense que le requérant " n'est pas en mesure de démontrer qu'il puisse recevoir une rémunération au moins équivalent à 70% du smic " sans assortir cette allégation d'aucune précision ni d'aucune critique des pièces produites par l'intéressé, le moyen tiré de ce que M. B A justifie satisfaire aux conditions de ressources prévues par les dispositions précitées et que son séjour en France s'inscrit dans un réel projet professionnel artistique est propre, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du préfet de police du 25 septembre 2024 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision litigieuse.

Sur les conclusions en injonction :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la demande de titre de séjour de M B A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Ainsi qu'il a été dit, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B A à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Amzallag, avocate de M. B A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Amzallag de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A, par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. B A.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 25 septembre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Amzallag renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Amzallag, avocate de M. B A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. B A.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B A, à Me Amzallag et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police et au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 25 octobre 2024.

Le juge des référés,

J. SORIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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