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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2427926

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2427926

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2427926
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2024, M. C, représenté par Me Toujas, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer une carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une carte de résident à titre provisoire et de lui délivrer sans délai un récépissé avec autorisation de travail pendant la durée de la fabrication de ce titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un document provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat, ou, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, directement à son bénéfice en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que, d'une part, l'attestation de prolongation d'instruction avec autorisation de travail qui lui a été délivrée a expiré et qu'il se retrouve ainsi en situation irrégulière et qu'il est exposé à une mesure d'éloignement alors qu'il est le père d'un enfant mineur reconnu réfugié auprès duquel il ne peut ainsi séjourner, que, d'autre part, la décision litigieuse met en péril son insertion professionnelle et sa situation financière dans la mesure où il risque de perdre son emploi et ne peut plus bénéficier d'aide sociale en raison de sa situation irrégulière, et que, enfin, la préfecture ne répond pas à ses sollicitations ;

- sa requête est recevable dès lors qu'une décision implicite de rejet est intervenue ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle est entachée d'une erreur de droit au regard du 4° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2427923 le 18 octobre 2024 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Delesalle comme juge des référés sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 octobre 2024 :

- le rapport de M. Delesalle, juge des référés ;

- les observations de Me Toujas, avocate de M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, et, en outre, à ce qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance, par les mêmes moyens, et précise qu'il ne réside pas avec sa compagne car celle-ci est dans un centre d'hébergement auquel il n'a pas accès et que son contrat est susceptible d'être renouvelé ainsi que c'est le cas habituellement dans son secteur d'activité ;

- les observations de Me Bouziza, avocat du préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'il n'est pas établi que l'employeur du requérant voudrait mettre un terme à son contrat de travail et qu'en tout état de cause ce dernier s'achève le 31 octobre 2024 sans preuve qu'il serait susceptible d'être renouvelé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 10 janvier 1985 est le père de M. B A, né le 16 septembre 2023 qui a été reconnu réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 24 avril 2024. Il a déposé le 28 mai 2024 une demande de titre de séjour sur le fondement du 4° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de parent d'enfant réfugié et s'est vu délivrer une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 17 octobre 2024. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté implicitement sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de ce refus sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Il résulte de l'instruction que M. A, qui est parent d'un enfant à charge d'environ un an reconnu réfugié, bénéficiait d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de carte de résident, qui a expiré le 17 octobre sans être renouvelée, et a entrepris des efforts d'insertion professionnelle en bénéficiant d'un contrat de travail à durée déterminée jusqu'au 31 octobre 2024 en qualité d'agent de service professionnel dont le renouvellement susceptible d'être prononcé ainsi qu'il l'a indiqué de manière suffisamment circonstanciée à l'audience, est compromis par le refus de titre de séjour intervenu. Par ailleurs, il s'est vu radier par France Travail de la liste des demandeurs d'emploi à compter du 17 octobre 2024. Dès lors, M. A doit être regardé comme justifiant de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. Par suite, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

6. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : / () / 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. / L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger ".

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte des points 5 et 7 qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement rejeté sa demande de carte de délivrance de carte de résident jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la demande tendant à son annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".

10. En l'espèce, eu égard à l'office du juge des référés, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans les plus brefs délais, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, et en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser Me Toujas, son conseil, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. Dans le cas où M. A ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la demande tendant à son annulation.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans les plus brefs délais, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'Etat versera à Me Toujas la somme de 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où M. A ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. A est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C, au ministre de l'intérieur et à Me Toujas.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 30 octobre 2024.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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