mercredi 13 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2428096 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | DELRIEU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2024, et des pièces complémentaires enregistrées le 6 novembre 2024, Mme A C, représentée par Me Delrieu, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 21 août 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de lui donner un rendez-vous afin d'enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer un rendez-vous afin de déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou à lui verser directement dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé de la suspension demandée doit être regardée comme remplie, dès lors que la décision l'empêche de finaliser ses démarches pour candidater à l'intégration de plusieurs formations et notamment celle d'aide-soignante en ce que l'examen de sa candidature est conditionné à la régularisation de sa situation ;
- il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision du préfet de police ; en effet, cette décision a été prise par une autorité incompétente, est entachée d'une insuffisance de motivation ainsi que d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ainsi que d'une erreur de droit en ce que le préfet ne pouvait conditionner la délivrance d'un rendez-vous à la présentation d'éléments nouveaux qu'elle a, au demeurant, fait valoir lors de sa demande, méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet de police a produit des pièces, qui ont été enregistrées les 5 et 6 novembre 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 21 octobre 2024 sous le numéro 2428098 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fouassier pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 6 novembre 2024, en présence de Mme Canaud, greffière d'audience :
- le rapport de M. Fouassier,
- les observations de Me Delrieu, représentant Mme C, qui maintient ses conclusions et moyens,
- et les observations de M. B, élève avocat, en présence de son maître de stage Me Morel, qui a également présenté des observations, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante sénégalaise née le 26 juin 2005, a déposé le 6 juin 2024 une demande de rendez-vous auprès des services de la préfecture de police pour déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 21 août 2024, le préfet de police lui a opposé un refus au motif qu'elle ne présentait pas d'éléments nouveaux permettant le réexamen de sa situation depuis l'obligation de quitter le territoire édictée à son encontre le 19 avril 2024 après le rejet définitif de sa demande d'asile.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " () / L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président (), soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Mme C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 17 septembre 2024 sur laquelle il n'a pas encore été statué. Dans ces conditions, il y a lieu de prononcer d'office son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France en août 2020 à l'âge de quinze ans, et a été confiée à l'aide sociale à l'enfance à compter de septembre 2020, nonobstant la présence en France de sa mère. Scolarisée depuis 2020, elle a obtenu le baccalauréat en juillet 2024 et a présenté sa candidature en vue de suivre une formation d'aide-soignante au sein de l'institut de formation d'aide-soignante du centre hospitalier intercommunal Robert Ballanger d'Aulnay-sous-Bois. Il ressort également des pièces du dossier que les élèves doivent pour valider leur admission, produire une pièce d'identité ou un titre de séjour valide à l'entrée en formation. La requérante produit un courriel de l'établissement en date du 2 octobre 2024 lui indiquant qu'elle était à titre exceptionnel admise à participer à l'entretien de sélection malgré l'absence de titre de séjour dès lors qu'elle apportait la preuve de démarches entreprises pour l'obtention de ce titre, mais qu'en l'absence de production de ce titre à l'issue de cette sélection, elle ne pourrait débuter sa formation à la rentrée prévue le 6 janvier 2025. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que la décision attaquée porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à la situation de Mme C. La condition d'urgence est donc satisfaite.
6. En second lieu, il résulte de ces dispositions des articles R. 431-10, R. 431-11 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de procéder à cette instruction que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est effectivement incomplet. Le refus d'instruire une telle demande pour un motif ne relevant pas du caractère incomplet du dossier ou du caractère abusif ou dilatoire de la demande constitue une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.
7. Pour refuser d'instruire la demande de titre de séjour de Mme C, le préfet de police s'est fondé sur les circonstances que l'intéressée avait fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 19 avril 2024 et qu'elle ne présentait aucun élément nouveau à l'appui de sa demande. Toutefois, d'une part, le motif tiré de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, alors qu'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonne l'examen d'une demande de titre de séjour à la condition de l'exécution préalable, par le demandeur, de la mesure d'éloignement ou, le cas échéant, de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il serait éventuellement l'objet, ne pouvait valablement justifier l'impossibilité de poursuivre l'instruction de la demande. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la requérante présentait, à l'appui de sa demande, des éléments nouveaux, dès lors que l'obligation de quitter le territoire était fondée sur le rejet définitif de la demande d'asile présentée pour elle, lorsqu'elle était mineure, par sa mère, et qu'elle pouvait utilement se prévaloir, pour étayer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, de sa réussite au baccalauréat professionnel en juillet 2024 et de son projet d'intégrer une formation d'aide-soignante, cohérent avec son parcours scolaire en section professionnelle depuis 2020. Il suit de là que le moyen tiré d'une erreur de droit est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle fait grief.
8. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision de refus d'instruction en litige jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique que le préfet de police ou le préfet territorialement compétent délivre un rendez-vous à Mme C afin, en cas de dossier complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande et de lui délivrer le récépissé prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de lui notifier ce rendez-vous dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance pour une date de rendez-vous antérieure au 1er décembre 2024.
Sur les frais liés au litige :
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 100 euros à verser à Me Delrieu en application des dispositions précitées, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 100 euros sera versée à Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du 21 août 2024 par laquelle le préfet de police a refusé d'instruire la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme C est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, de délivrer un rendez-vous à Mme C afin, en cas de dossier complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande et de lui délivrer le récépissé prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour une date de rendez-vous antérieure au 1er décembre 2024.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Delrieu renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Delrieu la somme de 1 100 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Cette somme sera versée directement à Mme C en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à Me Delrieu, et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris le 13 novembre 2024.
Le juge des référés,
C. FOUASSIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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