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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2428337

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2428337

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2428337
TypeOrdonnance
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2024, Mme C B et M. A B, agissant en leur nom et au nom de leur enfant mineure, Mme D B, dont ils sont les représentants légaux, ayant pour avocat Me Djemaoun, demandent à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris de les prendre effectivement en charge dans un hébergement d'urgence, de manière pérenne, adaptée et assortie d'un accompagnement social, conformément aux articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition relative à l'urgence est remplie, dès lors qu'ils sont dans la rue malgré leurs appels quotidiens au 115 avec leur fille âgée d'un an à laquelle la qualité de réfugiée a été reconnue, qu'ils sont sans ressources financières, que les conditions climatiques peuvent causer leur décès, qu'ils sont exposés dans la rue à des traitements inhumains et dégradants et qu'ils se trouvent dans une situation de détresse sociale ;

- l'absence de prise en charge par l'État constitue une carence caractérisée dans l'application des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à un hébergement d'urgence, à l'intérêt supérieur de l'enfant, au principe de dignité de la personne humaine et au droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain et dégradant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il a immédiatement pris l'initiative d'orienter la famille requérante ;

- cette orientation consiste à héberger immédiatement les requérants au GL Center (centre d'hébergement situé à Paris), avant que ceux-ci ne soient transportés en F le mardi suivant, par bus, pour un hébergement pérenne ;

- M. et Mme B ont été avisés par téléphone et par texto le 24 octobre 2024 de leur prise en charge au GL Center et de leur orientation en F mais ils ne se sont pas présentés au GL center le 24 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 25 octobre 2024, tenue en présence de Mme Poulain, greffière d'audience, Mme Marzoug a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Djemaoun, représentant M. et Mme B, lequel a demandé au tribunal d'admettre les requérants à l'aide juridictionnelle à titre provisoire, a relevé que la décision d'orientation prise par le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris est dépourvue de base légale, que le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas procédé à un examen préalable de la situation personnelle des intéressés, que l'orientation vers un " E " présente un caractère automatique sans prise en compte de la situation particulière de la famille B et que M. B a trouvé un emploi dans un garage en Seine-Saint-Denis ;

- les observations de Me Goulard, substituant Me Falala, représentant le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, laquelle a conclu au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission provisoire de M. et Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

4. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation. ".

5. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

6. M. et Mme B, tous deux de nationalité ivoirienne, vivent à la rue avec leur fille en bas âge, D B, née le 28 août 2023 à Le Creusot, à laquelle la qualité de réfugiée a été reconnue. Ils appellent de manière régulière et répétée le 115 pour obtenir un hébergement. Il n'est pas contesté qu'ils ne disposent d'aucune ressource et qu'ils ne sont pas en mesure de bénéficier d'un hébergement chez un proche même provisoirement. Dans ces conditions, compte tenu du très jeune âge de l'enfant, les requérants doivent être regardés comme se trouvant dans une situation de détresse sociale au sens des dispositions précitées de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. Cependant, il résulte de l'instruction que postérieurement à l'introduction de la requête, le 24 octobre 2024, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a orienté les requérants vers un centre d'hébergement d'urgence à Paris, le GL Center, dans l'attente de leur orientation, le 29 octobre 2024, vers un hébergement d'urgence dit " E de F " à Rouen. Par ailleurs, les requérants ne produisent aucun élément de nature à établir qu'ils ne pourraient pas se rendre à Rouen. Compte tenu de ces éléments, la condition d'urgence particulière prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, exigeant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures, ne peut être regardée, à la date de la présente ordonnance, comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais d'instance doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. et Mme B sont admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à M. A B, à Me Djemaoun et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 25 octobre 2024.

La juge des référés,

S. Marzoug

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine, en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2428337/9

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