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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2428349

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2428349

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2428349
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence du préfet de police sur la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B, ressortissant malien. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie, compte tenu de la suspension du contrat de travail et du risque de perte de logement, et qu'il existait un doute sérieux sur la légalité de la décision, le préfet n'ayant pas pris en compte le changement d'adresse signalé par l'intéressé. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande et de délivrer un récépissé avec autorisation de travail sous huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. La décision se fonde sur les articles R. 431-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 et 31 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Lopez, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui-même si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordé.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est établie dès lors que son contrat de travail a été suspendu du fait de l'absence de titre de séjour, ainsi que le versement d'aides sociales auxquelles il a droit ; la décision l'expose à un risque de perdre son logement ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision est signée par une autorité incompétente, ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles R. 431-2, R. 431-12, R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît la liberté d'aller et venir, le droit à l'éducation, le droit d'exercer librement une activité économique ainsi que sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucune décision de refus d'enregistrement n'a été prise, que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2428351 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lahary, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l'audience publique, tenue le 31 octobre 2024 en présence de M. Lemieux, greffier d'audience, M. Lahary a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Lopez, avocat de M. B ;

- et les observations de Me Kerkeni, avocat du préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 16 octobre 2020 au 15 octobre 2024, en a sollicité le renouvellement les 18 et 28 juin 2024. Restée sans réponse, sa demande du 28 juin 2024 a fait naître une décision implicite de rejet en date du 28 août 2024. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir tirée de l'inexistence de la décision attaquée :

4. Le 18 juin 2024, le requérant a sollicité de la part du préfet de police l'enregistrement de sa demande de renouvellement de sa carte de résident. Le 26 juin suivant, le préfet de police a répondu qu'il n'était pas territorialement compétent pour enregistrer une telle demande. Le préfet de police soutient que n'ayant pas été informé d'un changement d'adresse via le service national de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), il n'a fait que livrer une information au requérant sur l'autorité compétente pour traiter sa demande.

5. Le requérant soutient n'avoir pu prévenir le préfet de ce changement d'adresse en raison d'un dysfonctionnement informatique de l'ANEF. L'intéressé a ainsi informé le préfet de police de ce changement d'adresse par un courrier électronique en date du 28 juin 2024. Le requérant indique avoir égaré son titre de séjour, ce qui ressort des pièces du dossier dès lors qu'un duplicata lui a été transmis le 16 mai 2024, et que la déclaration de cette perte a conduit à un blocage du site de l'ANEF qui l'a alors empêché de procéder au changement de son adresse. Si la capture d'écran de l'ANEF produite par le requérant date du 30 octobre 2024, le récit du requérant, appuyé par celui de l'assistante sociale qui l'accompagne dans ses démarches, est circonstancié et crédible, notamment eu égard au contexte particulier de la perte de son titre de séjour qui explique le dysfonctionnement informatique.

6. De ce fait, le requérant était fondé à informer le préfet de police par un message du 28 juin 2024 avoir changé de résidence. Par ce message, le requérant a réitéré sa demande d'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Le silence gardé par le préfet à ce message a fait naître une décision implicite de rejet d'enregistrement de la demande de renouvellement de la carte de séjour du requérant, en date du 28 août 2024, qui doit être regardée comme la décision attaquée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

8. En premier lieu, il résulte des dispositions citées au point 5 que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

9. M. B demande la suspension de la décision 28 août 2024 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de sa carte de séjour. La carte de résident du requérant expirait au 15 octobre 2024 et ce dernier en a demandé le renouvellement dès les 18 et 28 juin 2024. Le requérant établit qu'à la suite de cette décision, son contrat de travail a été suspendu par son employeur le 21 octobre 2024. La demande dont il s'agit concerne en outre une demande d'enregistrement relative à un renouvellement de carte de séjour. Le préfet de police soutient que n'ayant pas été informé d'un changement d'adresse, le requérant s'est placé lui-même dans la situation d'urgence qu'il invoque. Toutefois, comme indiqué au point 5, le requérant n'a pas pu prévenir le préfet de ce changement d'adresse en raison d'un dysfonctionnement informatique de l'ANEF et l'en a informé par un courrier électronique du 28 juin 2024. Le requérant ne s'est donc pas placé dans la situation d'urgence qu'il invoque. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

10. En second lieu, au regard des pièces du dossier, le moyen tiré d'une erreur de fait, dès lors que M. B réside à Paris et non dans le Val-de-Marne, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

11. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. L'exécution de la présente ordonnance implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de M. B tendant à l'enregistrement de sa demande de renouvellement de carte de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Il résulte du point 3 que M. B est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Lopez, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lopez de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du 28 août 2024 par laquelle le préfet de police a refusé à M. B d'enregistrer sa demande de renouvellement de carte de séjour est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de M. B tendant à l'enregistrement de sa demande de renouvellement de carte de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Lopez renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Lopez, avocat de M. B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B, la somme de 800 euros lui sera versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et à Me Lopez.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 31 octobre 2024.

Le juge des référés,

T. LAHARY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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