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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2428368

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2428368

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2428368
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantLEROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2024, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme B A du centre d'accueil et de mise à l'abri géré par l'association Aurore au 20 boulevard Poniatowski dans le 12ème arrondissement de Paris ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) d'autoriser le préfet à donner toutes mesures utiles au gestionnaire du centre d'accueil et de mise à l'abri afin de débarrasser les lieux des meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A, à défaut pour cette dernière de les avoir emportés.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent pour connaitre du litige ;

- la requête est recevable ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies dès lors que le centre d'accueil et de mise à l'abri comporte 70 places en hébergement pour des personnes ayant vocation à être hébergées trente jours, le maintien indu de cette personne compromet le fonctionnement normal des lieux dédiés aux demandeurs d'asile ;

- la mesure d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2024, Mme B A, représentée par Me Leroux et Me Toujas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de rejeter la requête du préfet ;

3°) à titre subsidiaire de rejeter la demande d'injonction et de lui accorder un délai de six mois pour quitter les lieux ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Leroux au titre de l'article 37 alinéa 1 du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ou, en cas de non-admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accorder cette somme à Madame B A sur le fondement de l'article L. 761-1 du CJA.

Elle soutient que :

- La juridiction administrative est incompétente pour connaitre de cette requête ;

- En l'espèce la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- Il existe une contestation sérieuse quant aux motifs de son expulsion dès lors que l'unique refus de logement concernait une proposition pour 15 nuitées dans une unique chambre d'hôtel inadaptée à sa situation personnelle et familiale ;

- La décision d'expulsion est contraire aux stipulations de l'article 8 de la CEDH et de l'article 3 de la CIDE ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Séval pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Clombe, greffière d'audience, M. Séval a lu son rapport et entendu les observations de Me Leroux et de Me Toujas représentant Mme B A, également présente.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile, qui accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions dans lesquelles les personnes s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire et les personnes ayant fait l'objet d'une décision de rejet définitive peuvent être, à titre exceptionnel et temporaire, maintenues dans un lieu d'hébergement mentionné à l'article L. 552-1, sont déterminées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 552-11 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement en application des articles L. 551-11, L. 551-12, L. 551-14 ou L. 551-16, l'Office français de l'immigration et de l'intégration en informe sans délai le gestionnaire du lieu qui héberge la personne concernée, en précisant la date à laquelle elle doit sortir du lieu d'hébergement ". Aux termes de l'article R. 552-13 de ce code : " La personne hébergée peut solliciter son maintien dans le lieu d'hébergement au-delà de la date de décision de sortie du lieu d'hébergement prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application des articles L. 551-11 ou L. 551-13, dans les conditions suivantes : / 1° Lorsqu'elle s'est vue reconnaitre la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement jusqu'à ce qu'une solution d'hébergement ou de logement soit trouvée, dans la limite d'une durée de trois mois à compter de la date de la fin de prise en charge ; durant cette période, elle prépare les modalités de sa sortie avec le gestionnaire du lieu qui prend toutes mesures utiles pour lui faciliter l'accès à ses droits, au service intégré d'accueil et d'orientation, ainsi qu'à une offre d'hébergement ou de logement adaptée ; cette période peut être prolongée pour une durée maximale de trois mois supplémentaires avec l'accord de l'office () ".

4. Aux termes des dispositions citées aux points précédents, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut saisir le juge des référés du tribunal administratif d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile de toute personne commettant des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement, y compris les personnes s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire. Il résulte également de l'économie générale et des termes des dispositions précitées que le fait pour une personne s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire de se maintenir dans le lieu d'hébergement après la date de fin de prise en charge ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu au 1° de l'article

R. 552-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est susceptible d'être regardé comme caractérisant un tel manquement grave au règlement du lieu d'hébergement, notamment en cas de maintien prolongé dans les lieux sans motif légitime ou de refus non justifié d'une offre d'hébergement ou de logement.

5. Il résulte de l'instruction que Mme A, ressortissante somalienne bénéficiaire d'une protection internationale et hébergée avec ses trois enfants au sein d'un centre d'accueil et de mise à l'abri (CAMA) géré par l'association Aurore, situé au 20 boulevard Poniatowski dans le 12ème arrondissement de Paris depuis le 11 mars 2022 a fait l'objet d'une décision de fin de prise en charge datée du 17 avril 2024 après avoir refusé le 4 avril 2024, la proposition d'orientation adaptée à sa situation en hôtel à Ermont (95120) et refusé de signer le nouveau contrat de prise en charge qui lui été proposé le 4 juin 2024. Par un courrier recommandé du 31 mai 2024, réceptionné le 14 juin 2024, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, l'a mise en demeure de quitter le logement qu'elle occupe dans un délai de quinze jours à compter de la notification du courrier. Sa demande est restée sans suite et Mme A et ses trois enfants mineurs continuent d'occuper le logement dédié aux demandeurs d'asile. Le préfet demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme A du logement qu'elle occupe sans droit ni titre depuis le 2 mai 2024 au sein du centre d'accueil situé au 20 boulevard Poniatowski dans le 12ème arrondissement de Paris.

6. D'une part, si Mme A fait valoir qu'elle n'avait pas été informée des conséquences d'un refus d'hébergement adapté à sa situation dès lors que le contrat de séjour le prévoyant ne lui a été soumis qu'en juin 2024, il résulte des termes, non contestés, de la décision du 17 avril 2024 mettant fin à sa prise en charge, qu'elle a signé le 11 mars 2022 un premier contrat de séjour dont l'article 7.3 précisait les conséquences d'un tel refus. D'autre part, Mme A, qui indique elle-même résider au sein du CAMA avec ses trois enfants dans une chambre de 15 m² dépourvue de cuisine et sanitaires privatifs, n'établit pas le caractère inadapté de la proposition d'hébergement en hôtel social à Ermont au motif de l'exiguïté de la chambre proposée, de l'absence de cuisine privative, de ce que cet établissement d'accueil se situe dans un département où elle ne souhaite pas résider et, de la faible durée de prise en charge initiale limitée à 15 nuitées, circonstance au demeurant non justifiée en l'état du dossier. Dans ces conditions, le préfet qui doit être regardé comme établissant que Mme A a commis un manquement grave au règlement de son lieu d'hébergement en refusant la proposition d'hébergement qui lui a été faite le 4 avril 2024 et en persistant à occuper sans droit ni titre avec ses trois enfants mineurs un logement dédié aux demandeurs d'asile, est fondé à soutenir qu'elle compromet de la sorte le bon fonctionnement du service d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile du 12ème arrondissement, qui ne compte que 70 places, et fait ainsi obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, Mme A n'établissant pas en l'état du dossier la réalité de la supposée sous-occupation des locaux du centre dont elle allègue et, ne précisant pas les motifs de ces éventuelles vacances. Par suite, la libération des lieux occupés présente un caractère d'utilité et d'urgence.

7. Mme A en se bornant à faire valoir sa situation de femme isolée et mère de trois enfants en bas âge, alors même qu'il résulte des pièces produites au dossier que le père de ses enfants réside en France où il a bénéficié d'une mesure de relogement prioritaire et qu'il persiste à voir régulièrement et s'occuper de ses enfants, ne justifie pas que la mesure d'expulsion sollicitée, qui n'a ni pour effet, ni pour objet, de la priver de toute assistance et solution d'hébergement, porterait une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants tels qu'ils sont garantis par les articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. Il résulte de ce qui précède, qu'en l'espèce et, nonobstant la circonstance que Mme A et ses trois enfants bénéficient d'une protection internationale, les dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne font pas obstacle à la demande d'expulsion présentée par le préfet sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, que cette demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse et qu'elle présente un caractère utile et urgent. Par suite et, dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu d'ordonner la libération par Mme A et ses trois enfants des lieux qu'ils occupent au centre d'accueil et de mise à l'abri de demandeurs d'asile géré par l'association Aurore situé au 20 boulevard Poniatowski dans le 12ème arrondissement de Paris, dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, pour lui laisser le temps de mener à bien les démarches très actives dont elle justifie, pour trouver une solution de logement pérenne.

Sur les autres conclusions :

9. Il n'entre pas dans l'office du juge administratif d'autoriser le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris à demander le concours de la force publique pour l'exécution de la présente ordonnance, ce concours devant être demandé directement par le préfet, ni d'autoriser le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre géré par l'association Aurore afin de débarrasser, en tant que de besoin, les meubles été effets personnels de Mme A. Ces conclusions doivent donc être rejetées.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros réclamée par Mme A au titre de ses frais d'instance. Les conclusions présentées par Mme A au titre des frais d'instance sont donc rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à Mme A et tout occupant de son chef de quitter le logement qu'elle occupe au centre d'accueil et de mise à l'abri, situé 20 boulevard Poniatowski dans le 12ème arrondissement de Paris, dans un délai de 4 mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de Mme A présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, à B A, à Me Leroux et Me Toujas et au ministre de l'intérieur.

Fait à Paris, le 14 novembre 2024.

Le juge des référés,

J.P. Séval

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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