samedi 26 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2428413 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | MOREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2024, Mme E B et M. D A, représentés par Me Mathilde Morel, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner au Préfet de la Région Ile-de-France, préfet de Paris, de leur octroyer sans délai un hébergement d'urgence, correspondant à leurs besoins, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État (préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris) une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, ou à leur verser directement en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- l'urgence est caractérisée dès lors que :
o ils vivent régulièrement en France avec trois enfants mineurs ;
o M. A a effectué une demande de logement social, et a été reconnu prioritaire au titre du dispositif DALO le 29 février 2024 mais sans avoir de proposition de logement ;
o début octobre, alors que la famille était hébergée par un proche, elle a été contrainte de quitter le logement qu'elle occupait, sans aucune solution alternative et se retrouve à la rue et appelle le 115 sans succès ;
o deux de leurs enfants et M. A a des problèmes de santé incompatibles avec une vie dans la rue ;
- l'atteinte grave et illégale à une situation d'urgence est caractérisée dès lors que cette absence de logement :
o méconnaît le droit à l'hébergement d'urgence ;
o méconnaît l'intérêt supérieur de la l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, le Préfet de la région Ile-de-France, Préfet de paris, conclut au non-lieu à statuer.
Il soutient que la famille a été prise en charge au GL Center le 25 octobre 2024 et sera orientée le 29 octobre en bus vers le SAS Grand-Est.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 26 octobre 2024, les requérants maintiennent leurs conclusions.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Louart, greffier d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Morel, représentant les requérants qui conclut à titre principal au relogement de la famille en Ile-de-France et à titre subsidiaire à son relogement en province ;
- les observations de M. A, qui maintient que la famille n'a pas été relogée ;
- les observations de Me Falala, représentant le préfet de la région Ile-de-France, qui indique qu'il ne peut expliquer ses écritures.
La clôture de l'instruction a été différée au 25 octobre 2024 à 16h, pour permettre au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, de donner toute explication sur l'absence d'hébergement des requérants le 24 octobre 204 et sur les possibilités de leur hébergement le 25 octobre 2025.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
3. Aux termes de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
4. Il appartient aux autorités de l'État, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. Il résulte de l'instruction que Mme E B et M. D A ressortissants mauritaniens, nés respectivement le 14 novembre 1986 à Gouraye (Mauritanie) et le 17 décembre 1982 à Rosso (Mauritanie) résident régulièrement sur le territoire français sous couvert de cartes de résident avec leurs trois enfants mineurs nés respectivement en 2019, 2021 et 2023, sans solution d'hébergement stable. A cet égard, la famille a été hébergée par la mère de la requérante, mais a dû, selon ses indications, quitter ce logement en septembre 2024 et se retrouve à la rue depuis.
Sur les conclusions à fin de non-lieu présentées par le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris :
6. Il résulte de l'instruction que le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, a orienté Mme B, M. A et leurs trois enfants, à compter du 29 octobre 2024, vers le SAS Grand-Est, situé près de Strasbourg, et, dans l'intervalle, vers le GL Center à Paris, en vue de leur hébergement jusqu'au 29 octobre 2024. Toutefois, d'une part, il résulte des débats à l'audience et notamment des affirmations de M. A qui ne sont pas sérieusement contestées par le représentant du préfet, que la famille n'a pas été relogée pour la nuit du 25 au 26 octobre 2024, les personnes l'ayant accueillie au centre ayant indiqué ne pas voir le nom des consorts F sur leur liste. D'autre part, dès lors que l'injonction sollicitée par les requérants tendait, ainsi que le conseil des requérants l'a rappelé à l'occasion de l'audience, à ce qu'un hébergement d'urgence leur soit proposé en Ile-de-France, l'orientation proposée par l'Etat ne prive pas la requête de son objet. Par suite, le préfet n'est pas fondé à soutenir que les conclusions à fin d'injonction de la requête seraient privées d'objet.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
7. Il résulte de l'instruction, d'une part, que, à la suite du supplément d'instruction ordonnée après l'audience qui s'est tenue le 26 octobre 2024, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, a confirmé que les consorts F pourront être hébergés le 26 octobre au soir au GL Center à Paris et s'est engagé à fournir tous contacts utiles à cette fin. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 6, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, a, postérieurement à l'introduction de l'instance, orienté Mme B, M. A et leurs enfants à compter du 29 octobre 2024, vers le SAS Grand-Est, pour y être relogés. Les requérants, qui se bornent à invoquer l'asthme de deux des enfants et une formation non débutée de M. A, ne peuvent sérieusement soutenir que l'Etat aurait manqué à ses obligations en ne les relogeant pas en Ile-de-France.
8. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, et quand bien même aucune autre indication n'est donnée quant aux caractéristiques du logement vers lequel les requérants sont orientés en Alsace, la condition d'urgence particulière prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, exigeant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures ne peut être regardée, à la date de la présente ordonnance, comme remplie. En outre, eu égard aux mesures déjà prises par le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris telles que rappelées aux points 6 et 7, aucune carence caractérisée de l'Etat dans l'accomplissement de sa mission d'hébergement d'urgence des personnes se trouvant en situation de détresse médicale, psychique ou sociale ne peut davantage être retenue.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme B et M. A en leur nom personnel et au nom de leurs trois enfants, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B et M. A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B et de M. A est rejeté.
Article 3: La présente ordonnance sera notifiée à Mme E B, à M. D A, à Me Morel et à la ministre de la santé et de l'accès aux soins.
Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 26 octobre 2024.
Le juge des référés,
J-Ch. C
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.