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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2428520

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2428520

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2428520
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantDE GRESSOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 octobre, le 4 et le 11 novembre 2024, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Paris-Vincennes demande au tribunal, représenté par Me de Gressot, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision de refus de titre de séjour en date du 25 octobre 2024 ;

2°) d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 25 octobre 2024 ;

3°) d'annuler la décision d'interdiction de retour sur le territoire français du 25 octobre 2024 ;

4°) d'annuler la décision fixant le pays de renvoi en date du 25 octobre 2024 ;

5°) d'enjoindre à la Préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à tout le moins, de réexaminer la situation de celui-ci dans un délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à Maître de Gressot au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

A titre subsidiaire,

7°) de surseoir à statuer sur la légalité de la mesure d'éloignement du préfet de Saône-et-Loire en date du 25 octobre 2024 notifiée le même jour jusqu'à l'expiration du délai de recours contre la décision de retrait de mon statut de réfugié et, lorsqu'elle serait saisie, jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se soit prononcée sur son recours à l'encontre de la décision de retrait de son statut ou, a minima, de surseoir à statuer jusqu'à ce que la Cour nationale du Droit d'asile se soit prononcée concernant la demande d'avis au titre de l'article L. 532-4 du CESEDA ;

Il soutient que :

-il justifie être entré régulièrement en France ;

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- les décisions sont entachées d'une incompétence de leur auteur ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen personnel ;

Sur la légalité du refus d'admission au séjour et d'abrogation de son attestation de prolongation d'instruction :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision de retrait de la qualité de réfugié ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une violation de l'article 46 de la directive 2013/32/UE du parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, ainsi que de l'article 47 de la convention européenne des droits fondamentaux, 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour et d'abrogation de son attestation de prolongation d'instruction :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

-la décision méconnaît les dispositions de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 dont le délai de transposition est dépassé et il peut utilement se prévaloir de l'article 46 de cette directive ; il entre dans le champ d'application des dispositions de l'article 46 1° c de ladite directive ; il a exercé son droit à un recours effectif dans le délai prévu par cet article ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

-la décision est entachée d'un défaut d'examen et d'une méconnaissance combinée des articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

-la décision est entachée d'une violation du principe de non-refoulement ;

-la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu, les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Martin-Genier en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin-Genier,

- les observations de Me de Gressot, représentant M. B, assisté d'un interprète en dari,

- le préfet de Saône-et-Loire n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1999, demande au tribunal de surseoir à statuer sut la légalité de la mesure d'éloignement du préfet de Saône-et-Loire du 25 octobre 2024 jusqu'à l'expiration du délai de recours contre la décision portant retrait de son statut de réfugié et, lorsqu'elle sera saisie, jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se prononce à l'encontre de cette décision de retrait ou qu'elle se prononce sur sa demande d'avis.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission à titre provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de sursis à statuer :

4. Les faits pour lesquels M. B a été condamné sont d'une gravité particulière et ne font aucun doute sur le bienfondé de retrait de la décision du statut de réfugié le concernant. En tout état de cause, les circonstances ayant présidé à l'obtention de son statut de réfugié n'ayant pas changé, le requérant ne peut être renvoyé en Afghanistan d'une part et, d'autre part, du fait de l'impossibilité d'être renvoyé dans son pays d'origine, le présent jugement annulant en outre la décision fixant l'Afghanistan comme pays de destination, il peut ainsi rester en France pour contester l'ensemble des mesures qui le concernent, notamment la décision portant abrogation de la décision lui accordant le statut de réfugié. Dès lors, ses conclusions aux fins de sursis à statuer de la décision du préfet de Saône-et-Loire doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

5. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet de Saône-et-Loire en date du 13 mars 2023, régulièrement publié le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ", et aux termes du III de l'article L. 511-1 de ce même code : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de sa notification, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger (). / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. / Sauf s'il n'a pas satisfait à une précédente obligation de quitter le territoire français ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public / ().

7. L'arrêté attaqué du préfet de Saône-et-Loire mentionne les considérations de droit et de droit sur lesquels il se fonde. Ainsi, alors même qu'il n'expose pas tous les éléments relatifs à la situation individuelle de M. B, il est suffisamment motivé. Il vise l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui constitue le fondement légal de la décision fixant le pays de renvoi, et précise que les pays à destination desquels l'intéressé est susceptible d'être éloigné sont celui dont il a la nationalité ou qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou encore, à destination de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible. Cette décision mentionne aussi que l'intéressé une menace grave actuelle et réelle pour l'ordre public et la sûreté de l'Etat en raison de sa condamnation le 23 octobre 2023 par le tribunal correctionnel de Macon à six mois d'emprisonnement pour des faits de menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un chargé de mission de service public. Elle mentionne également que l'intéressé a fait l'objet d'une décision de retrait du statut de réfugié notifiée le 24 octobre 2024, qu'en raison de l'ensemble de ces circonstances, la délivrance d'une carte de résident lui a été refusée, ne justifie circonstance humanitaire particulière, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Saône-et-Loire ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus d'admission au séjour et d'abrogation de son attestation de prolongation d'instruction :

9. Aucun des moyens soulevés contre le retrait de la qualité de réfugié de M. B n'est entaché d'illégalité. Par suite le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui du refus d'admission au séjour et d'abrogation de son attestation de prolongation d'instruction doit être écarté.

10. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment évoqués et au regard de la circonstance qu'en tout état de cause le requérant ne peut être renvoyé en Afghanistan en raison des motifs qui perdurent ayant justifié l'octroi de la qualité de réfugié, impliquant qu'il ne peut être renvoyé en Afghanistan, le préfet de police, en refusant de délivrer un titre de séjour à l'intéressé, n'a pas commis d'erreur de droit ni n'a violé les dispositions et stipulations des articles 46 de la directive 2013/32/UE du parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, 47 de la convention européenne des droits fondamentaux, 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

11. Aucun des moyens soulevés contre le refus d'admission au séjour et d'abrogation de son attestation de prolongation d'instruction n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision invoqué à l'appui des conclusions aux fins d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. Au regard des faits graves pour lesquels il a été condamné, qui constituent une menace pour l'ordre public, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de cette décision doit également être écarté.

13. Aux termes de l'article 46 1° c de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 : " Les États membres font en sorte que les demandeurs disposent d'un droit à un recours effectif devant une juridiction contre les actes suivants : () c) une décision de retirer la protection internationale, en application de l'article 45 ". L'application de ces dispositions ne fait pas obstacle d'une part à ce que l'intéressé conteste cette mesure par les voies de droit qui lui sont offertes d'une part, ni à ce que l'Etat concerné retire cette protection internationale pour des motifs liés à l'ordre public mettant en danger les citoyens de ce pays. En tout état de cause, par le présent jugement annule la décision fixant le pays de destination et le requérant peut ainsi rester en France le temps du réexamen de sa demande d'asile, les motifs ayant présidé à l'obtention de son statut de réfugié n'ayant pas changé depuis son obtention. Il appartient sur ce point tant à l'OFPRA qu'à la Cour nationale du droit d'asile d'en décider et juger et cette décision ne porte pas atteinte à son droit à un procès équitable. Le moyen tiré de la violation de son droit à un recours effectif doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

14. Aucun des moyens soulevés contre l'ensemble des décisions susmentionnées n'est entaché d'illégalité. Par suite le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui du refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Comme déjà mentionné, les circonstances prévalant en Afghanistan qui ont conduit l'office français de protection des réfugiés et apatrides à octroyer la qualité de réfugié à M. B par une décision du 3 février 2023 persistent, malgré l'abrogation de sa qualité de réfugié, le requérant encourant un risque certain de mort en cas de retour dans son pays d'origine. De surcroît, le préfet de de la Saône-et-Loire n'établit pas qu'il pourrait être renvoyé dans un autre pays où il serait légalement admissible. Ainsi, cette décision fixant l'Afghanistan comme pays de destination est entachée d'une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Elle doit dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, être annulée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. L'obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité ni le refus d'abrogation du rejet de sa demande de titre de séjour ne sont fondés. L'annulation prononcée par le tribunal dans le présent jugement de la décision portant fixation du pays de destination ne peut avoir pour conséquence l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français au regard des faits graves pour lesquels il a été signalé, nonobstant la conversion de la peine de six mois d'emprisonnement ferme en six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire renformé pendant dix-huit mois.

17. Au regard des faits pour lesquels M. B a été condamné, malgré l'assouplissement de la peine pénale qui le concerne, la durée de trois ans d'interdiction du territoire français n'est pas disproportionnée. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de cette décision doit dès lors être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 25 octobre 2024 du préfet de Saône-et-Loire fixant l'Afghanistan comme pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

19. Le présent jugement qui n'annule que la décision fixant l'Afghanistan comme pays de destination n'implique aucune mesure d'injonction. Ces conclusions, y compris celles tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de Saône-et-Loire de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " réfugié ", qui n'est pas de la compétence du tribunal, doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : La décision du 25 octobre 2024 du préfet de Saône-et-Loire fixant l'Afghanistan comme pays de destination est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Saône-et-Loire.

Décision rendue le 12 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

P. MARTIN-GENIERLe greffier,

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au préfet de la Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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