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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2428754

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2428754

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2428754
TypeDécision
Avocat requérantJOORY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 octobre et 4 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Joory, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de résident en qualité de réfugié ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, dans l'attente de ce réexamen, de le munir d'une autorisation de travail dans les mêmes conditions d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, dans le cas où il ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite ; il est dans l'impossibilité de justifier son droit au séjour ; il ne peut pleinement bénéficier de ses droits en matière sociale, de travail et de logement ; la délivrance d'attestations de prolongation d'instruction ne le met pas à l'abri de la précarité de sa situation ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée ; elle a été prise par une autorité incompétente ; elle est entachée d'un défaut de motivation et n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension et d'injonction et au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le requérant ne justifie pas d'une situation d'urgence.

Vu :

- la requête par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Aubert, juge des référés, a été lu au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Louart, greffière d'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 25 juillet 2005, a obtenu le bénéfice du statut de réfugié par une décision du 26 septembre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA). Il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de résident en cette qualité.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de cet article et eu égard à l'urgence à statuer, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de référé :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Le renouvellement d'une attestation de prolongation d'instruction à plusieurs reprises, la première valable du 8 décembre 2023 au 7 juin 2024, la deuxième valable du 7 juin au 6 septembre 2024 et la troisième, délivrée au cours de la présente instance, valable du 31 octobre 2024 au 29 avril 2025, sans motif sérieux justifié de prolongation de l'instruction pendant une période aussi longue, la demande de renouvellement de titre de séjour ayant été enregistrée le 8 décembre 2023, maintient le requérant dans une situation provisoire pendant une période anormalement longue. Il suit de là que, dans les circonstances de l'espèce, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

7. En l'état de l'instruction, et alors que le renouvellement à plusieurs reprises de l'attestation de prolongation de l'instruction n'a pas fait obstacle, dans les circonstances de l'espèce, à la formation d'une décision implicite de rejet née le 8 avril 2024, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. Dès lors, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision et d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. A, à titre provisoire, une carte de résident au titre de sa qualité de réfugié dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir sans délai, dans l'attente de cette délivrance, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Me Joory, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. En cas de rejet définitif de sa demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à M. A une carte de résident est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A, à titre provisoire, une carte de résident au regard de son statut de réfugié dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de le munir sans délai, dans l'attente de cette délivrance, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'Etat versera à Me Joory sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A, l'Etat lui versera cette somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Joory et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 14 novembre 2024.

La juge des référés,

S. Aubert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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