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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2429157

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2429157

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2429157
TypeDécision
Avocat requérantVI VAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2024, M. A, représenté par Me Vi Van, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de résident en sa qualité de réfugié, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler dans un délai de 24 heures à compter de la notification de cette ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à Me Vi Van, cette dernière renonçant le cas échéant à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle et pour le cas où il ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridique de lui verser personnellement cette somme.

Il soutient que :

- l'urgence est justifiée dès lors que privé de titre de séjour et tout autre document, depuis le 9 septembre 2024 de nature à justifier la régularité de son séjour en France, il est exposé à un risque d'éloignement, ne peut travailler, cette situation mettant en péril le contrat qu'il a conclu avec la mission locale pour l'emploi ;

- sont propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée les moyens tirés de ce que cette décision :

- est intervenue en méconnaissance des articles L. 424-1, L. 424-2, L. 424-4 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 31 octobre 2024 sous le numéro 2429155 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Maurice, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations de Me Vi Van représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de prononcer l'admission, à titre provisoire, de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier l'urgence M. A fait valoir que depuis le 9 septembre dernier, date d'expiration de la dernière attestation de prolongation d'instruction mise à sa disposition, il se trouve dans l'impossibilité, nonobstant la reconnaissance du statut de réfugié qui lui a été accordée, de justifier la régularité de sa résidence en France et est exposé à l'éloignement et à une grande précarité matérielle. Alors que le préfet de police n'a ni présenté d'observations en défense ni n'a été représenté à l'audience et n'a donc pas contesté l'urgence, cette dernière, en l'espèce, est caractérisée.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 424-1 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite attaquée par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de résident en sa qualité de réfugié.

6. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de cette décision doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent, comme le demande M. A, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer sans délai une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler sous la même astreinte et à compter de la même échéance.

Sur les frais exposés à l'occasion de l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstance de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à Me Vi Van, avocate de M. A, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique, ou, pour le cas où M. A ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle à lui verser cette somme personnellement sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de délivrance d'une carte de résident à M. A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent, comme le demande M. A, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer sans délai une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler sous la même astreinte et à compter de la même échéance.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Vi Van, avocate de M. A, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique, ou, pour le cas où M. A ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle à lui verser cette somme personnellement sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au préfet de police et à Me Vi Van.

Fait à Paris, le 3 décembre 2024.

Le juge des référés,

J.-F. C

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2429157/2-1

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