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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2429500

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2429500

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2429500
TypeDécision
Avocat requérantOTTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2024, Mme B A, représentée par Me Ottou, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 3 octobre 2024 du préfet de police portant clôture de l'instruction de sa demande de carte de résidente présentée en qualité de réfugiée ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer, à titre provisoire, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, une carte de résident, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; ou, à défaut, de réexaminer sa situation avec délivrance d'une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans ces mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Ottou, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ou, à défaut, à elle-même.

Elle soutient que :

- l'urgence est satisfaite dès lors que l'attestation de prolongation d'instruction a expiré, malgré sa qualité de bénéficiaire d'une protection internationale reconnue depuis dix mois, et que l'exécution de la décision attaquée la place dans une situation de précarité administrative et matérielle ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse dès lors qu'elle est entachée d'incompétence du signataire, d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation particulière, d'un défaut de base légale et d'une erreur manifeste d'appréciation, et qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 424-1, L. 424-2 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des articles 24 et 26 de la directive européenne 2011/95/UE du 13 décembre 2011, de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 15 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne et des articles 26 et 31 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951.

La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2429501 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné M. Sorin, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Agricole, greffière d'audience :

- le rapport de M. Sorin, juge des référés,

- et les observations de Me Ottou, représentant Mme A, présente, qui persiste dans ses conclusions initiales par les mêmes moyens et demande en outre qu'il soit enjoint au préfet de police de lui remettre le titre de séjour qu'il lui aurait délivré en qualité d'étudiant.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise née le 26 octobre 2004, est entrée en France en 2022. Par une décision du 20 décembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a reconnu sa qualité de bénéficiaire d'une protection internationale. La requérante a déposé une demande de titre de séjour en qualité de réfugiée le 17 mai 2024, en présentant un dossier complet. Des attestations de prolongation d'instruction d'une demande de titre de séjour lui ont été délivrées, la dernière valable jusqu'au 5 septembre 2024. Le 3 octobre 2024, elle se voit notifier la clôture de sa demande de carte de résident, au motif qu'elle devrait " récupérer le titre de séjour à la préfecture de Paris et ensuite effectuer sa demande ". Elle demande par la présente requête la suspension de l'exécution de la décision de clôture par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de réfugiée.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.

5. La décision attaquée, refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour malgré sa qualité de réfugiée reconnue, porte atteinte de manière grave et immédiate à sa situation en la plaçant dans une situation de précarité matérielle et administrative, de nature à regarder la condition relative à l'urgence comme satisfaite.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

6. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. "

7. Il ressort des pièces du dossier que, par la décision attaquée, le préfet de police a rejeté la demande de titre de séjour de Mme A en qualité de réfugiée, alors, d'une part, qu'il est constant que la requérante est reconnue bénéficiaire de la protection internationale et qu'elle a déposé un dossier complet et, d'autre part, que le préfet de police n'apporte aucun élément quant au titre de séjour qu'il lui aurait précédemment délivré en qualité d'étudiante, que la requérante n'a pas été en mesure de retirer à la préfecture et dont l'existence matérielle n'est pas établie par le présent dossier, le préfet de police n'ayant notamment produit aucune écriture et n'ayant été ni présent ni représenté à l'audience. En tout état de cause, le retrait par son bénéficiaire d'un précédent titre délivré en une autre qualité que celle de réfugié n'est pas une condition de délivrance d'un titre de séjour demandé en qualité de réfugié. Par suite, il y a lieu de regarder le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme étant propre, dans les circonstances de l'espèce et en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. "

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de police d'examiner à nouveau la demande de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler qui sera renouvelée jusqu'à ce que le juge se prononce sur le fond. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte, ni d'enjoindre au préfet de police de remettre à l'intéressée le titre de séjour qu'il lui aurait délivré en qualité d'étudiant.

Sur les frais liés au litige :

10. Ainsi qu'il a été dit, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Ottou, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ottou de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A, par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du préfet de police du 3 octobre 2024 rejetant la demande de délivrance du titre de séjour de Mme A en qualité de réfugiée est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler qui sera renouvelée jusqu'à ce que le juge se prononce sur le fond.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Ottou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Ottou, avocate de Mme A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme A.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Ottou et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 21 novembre 2024.

Le juge des référés,

J. SORIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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