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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2429583

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2429583

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2429583
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantCABINET THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 9 octobre 2024 du garde des sceaux ordonnant le transfert de Mme B du centre de détention de Joux-la-Ville vers celui de Bapaume. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la requérante, enceinte de sept mois, n'a pas démontré que son éloignement de son mari, détenu à Joux-la-Ville, ou les difficultés de visite pour son fils résidant en Suisse constituaient une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts. Il a notamment relevé que le transfert était motivé par l'indisponibilité de places en nurserie à Joux-la-Ville et que Mme B n'apportait pas de preuves suffisantes sur les obstacles allégués aux visites.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2024, Mme A B, représentée par la SCP Themis Avocats et Associés, demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 9 octobre 2024 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a ordonné son transfert du centre de détention de Joux-la-Ville vers le centre pénitentiaire de Bapaume, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie compte tenu des délais de jugement moyens, dès lors que l'exécution de la décision attaquée porte une atteinte grave et immédiate à ses intérêts puisqu'elle est enceinte de plus de sept mois et qu'elle ne pourra bénéficier du soutien de son mari pour son accouchement car celui-ci demeure détenu à Joux-la-Ville, que son enfant à naître sera privé de la présence de son père, et qu'elle sera également privée de toute possibilité de visite de son enfant âgé de dix ans résidant en Suisse, lequel ne pourra rendre visite qu'à son père ;

- sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée les moyens propres tirés du vice de procédure à raison de l'incompétence de la personne ayant sollicité son transfert, du vice de procédure tiré du défaut d'avis du juge de l'application des peines et du procureur de la République, et de l'atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale et à son droit de recevoir des visites au parloir.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2429584 le 7 novembre 2024 par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delesalle pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article R. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 9 octobre 2024 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a ordonné son transfert du centre de détention de Joux-la-Ville vers le centre de détention de Bapaume.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ". En vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice l'a affectée au centre de détention de Bapaume, dans le département du Pas-de-Calais, Mme B allègue que celle-ci porte une atteinte grave et immédiate à ses intérêts dès lors qu'elle est enceinte de plus de sept mois et qu'elle ne pourra pas bénéficier du soutien de son mari pour son accouchement car celui-ci demeure détenu à Joux-la-Ville, que son enfant à naître sera privé de la présence de son père, et qu'elle sera également privée de toute possibilité de visite de son enfant âgé de dix ans résidant en Suisse, lequel ne pourra rendre visite qu'à son père. Toutefois, la décision de transfert au centre de détention de Bapaume a été motivée par le fait que la nurserie du centre de détention de Joux-la-Ville où elle était initialement affectée avant son transfert provisoire à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, ne disposait plus de place disponible. Par ailleurs, Mme B n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle aurait un fils de dix ans résidant en Suisse et, à plus forte raison que celui-ci serait empêché de lui rendre visite au centre de détention de Bapaume. Dans ces conditions, et quand bien même la décision attaquée aura pour effet de l'éloigner de son époux, la requérante ne démontre pas, en l'état de l'instruction, qu'elle porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. La condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dès lors, ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il y ait lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, que sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la SCP Themis Avocats et associés.

Fait, à Paris, le 8 novembre 2024.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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