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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2429585

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2429585

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2429585
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme C épouse B. Celle-ci demandait la suspension des décisions implicites du préfet de police refusant le renouvellement de son titre de séjour en tant que conjointe de Français et de son attestation de prolongation d'instruction. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante s'étant placée elle-même dans cette situation en déposant sa demande de renouvellement tardivement et en ne justifiant pas de diligences suffisantes pour régulariser son changement d'adresse auprès des services compétents. La demande a été rejetée sans qu'il soit besoin d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité des décisions.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2024, Mme A E C épouse B, représentée par Me Clarou, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions par lesquelles le préfet de police de Paris a implicitement refusé de lui renouveler son titre de séjour et de renouveler l'attestation de prolongation d'instruction qui lui avait été initialement délivrée ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation administrative en lui délivrant une attestation de prolongation d'instruction dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de de l'Etat une somme de 1 400 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée définitivement, à lui verser personnellement sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'urgence :

- l'urgence est présumée dans le cadre d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;

- l'urgence est caractérisée dès lors que la décision l'empêche de poursuivre sa formation au sein de l'Ecole de Paris des métiers de la table qui exige la réalisation d'un stage.

En ce qui concerne le moyen propre, à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

- le refus de renouveler son attestation de prolongation d'instruction méconnaît l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus implicite de renouveler son titre de séjour est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est mariée à un ressortissant français depuis trois ans et réside en France de manière régulière et ininterrompue depuis plus de cinq ans ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle porte atteinte à ses droits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la requérante à lui verser une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'elle s'est elle-même placée dans la situation d'urgence qu'elle invoque ; en effet, la requérante n'a déposé sa demande de renouvellement de titre de séjour que le 7 novembre 2023, soit moins de deux mois avant l'expiration de son précédent titre le 22 décembre 2023, que si elle a effectivement informé la préfecture de l'Hérault de son changement d'adresse, cette préfecture n'a jamais été territorialement compétente pour traiter son dossier, qu'elle a vraisemblablement communiqué une adresse dans l'Hérault à la préfecture du Gard et qu'ainsi, elle a utilisé plusieurs adresses postales distinctes sans jamais demander de changement d'adresse.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2429586 par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 novembre 2024 en présence de Mme Malhomme, greffière d'audience, Mme D a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Clarou, représentant Mme C épouse B, présente, qui explique que son retard de deux semaines à demander le renouvellement de son titre de séjour était dû à des dysfonctionnement du site ANEF, qu'à la date de sa demande, le 7 novembre 2023, elle résidait dans le Gard, que l'adresse dans l'Hérault figurant sur son attestation de prolongation d'instruction était la sienne lors de la précédente demande de titre de séjour pluriannuel, qu'elle a retransmis à la préfecture du Gard le courriel par lequel elle avait informé la préfecture de l'Hérault de son changement d'adresse et la réponse qui lui avait été donnée par celle-ci selon laquelle en l'absence de dossier à son nom dans l'Hérault, elle devait s'adresser à la préfecture compétente et qu'enfin, sur le site de l'ANEF, il n'est pas possible de procéder à un changement d'adresse ;

- les observations de Me Termeau, représentant le préfet de police, qui relève qu'aucune pièce ne justifie des dysfonctionnements de l'ANEF entre le 21 octobre et le 7 novembre et qui s'en remet pour le reste à ses écritures.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été reportée au mercredi 21 novembre 2024 à 10 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse B, de nationalité marocaine, née le 20 septembre 1999, est entrée régulièrement en France en 2019 où elle a séjourné sous couvert de titre de séjour mention étudiant avant de bénéficier d'un titre de séjour en qualité de conjointe de ressortissant français valable jusqu'au 22 décembre 2023. Le 7 novembre 2023, elle en a sollicité le renouvellement sur le site ANEF, en indiquant résider dans le Gard (30), et s'est vu remettre une attestation de prolongation d'instruction le 5 avril 2024, mentionnant son ancienne adresse dans l'Hérault (34). Par courriel du 19 juin 2024, la requérante a informé les services de la préfecture de l'Hérault de son changement d'adresse à Paris, puis ayant été informée que sa demande était instruite dans le Gard, a retransmis ces échanges aux services de la préfecture du Gard, par courriel du 26 juin 2024. En l'absence de toute évolution dans son dossier, Mme C épouse B, dépourvue de tout titre attestant la régularité de son séjour depuis l'expiration de son attestation de prolongation d'instruction le 4 juillet 2024, demande la suspension de l'exécution de la décision implicite, née du silence conservé par le préfet de police pendant plus de quatre mois sur sa demande de renouvellement de son titre de séjour étudiant et révélée par la clôture de son compte ANEF.

Sur la demande tendant au bénéfice de l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme C épouse B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.

5. Pour écarter la présomption d'urgence qui s'applique en cas de renouvellement, le préfet de police fait valoir, en premier lieu, que Mme C n'a pas respecté le délai de deux mois de prévenance pour solliciter le renouvellement de son titre de séjour. Il est constant que cette demande n'a été présentée que six semaines avant la date d'expiration de ce titre de séjour et que la requérante ne peut justifier des dysfonctionnements qu'a pu connaître le site ANEF l'année dernière. Toutefois, dès lors que la requérante s'est vu remettre une confirmation de dépôt d'une demande de renouvellement de titre, la méconnaissance du délai de prévenance ne saurait faire obstacle à ce que la condition d'urgence mentionnée ci-dessus soit reconnue. Le préfet de police relève, en deuxième lieu, que la requérante n'a pas informé les préfectures du Gard et de Paris de son changement d'adresse et n'a porté ces éléments à la connaissance de l'administration que par voie de courriels, et non directement sur le site ANEF. Toutefois, il n'est contesté ni que les échanges de la requérante avec la préfecture de l'Hérault ont été transmis à la préfecture du Gard, ni que le site ANEF ne permet pas d'effectuer directement un changement d'adresse lorsqu'une demande est en cours. Dans ces conditions, le préfet de police ne saurait se prévaloir de ces éléments, qui ne traduisent aucune négligence grave de la part de la requérante, pour soutenir que l'urgence ne serait pas caractérisée, alors que la carence des services de l'Etat à répondre à la demande présentée par Mme C la place dans une situation administrative précaire et lui interdit de poursuivre son parcours professionnel dans des conditions optimales pour assurer son intégration. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus implicite de renouvellement de titre de séjour :

6. En l'état de l'instruction, et comme le reconnaît le préfet de police, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution de la présente ordonnance implique seulement qu'il soit fait injonction au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de Mme C épouse B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, sans délai tout document attestant de la régularité de son séjour sur le territoire et l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Mme C épouse B est admise par l'ordonnance, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son avocat est ainsi fondé à se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Clarou, avocat de Mme C épouse B, de la somme de 1 000 euros sous réserve de la renonciation par cet avocat à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique et de l'admission définitive de Mme C épouse B au bénéfice de cette aide. Dans le cas où elle n'y serait pas admise cette somme lui sera versée personnellement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C épouse B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme C épouse B est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme C épouse B, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en la munissant, sans délai à compter de la notification de la présente ordonnance, de tout document attestant de la régularité de son séjour sur le territoire et l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros au titre des frais de justice dans les conditions prévues par le point 8.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C épouse B est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A E C épouse B, au ministre de l'intérieur et à Me Clarou.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 21 novembre 2024.

La juge des référés,

K. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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