mercredi 20 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2429871 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Alagapin-Graillot, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 30 août 2024 par lequel le préfet de police de Paris lui a retiré sa carte de résident, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui renouveler sa carte de résident dans un délai de cinq jours suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision contestée le fait basculer en séjour irrégulier et menace la stabilité professionnelle et familiale qu'il a établie depuis son arrivée sur le territoire il y a plus de vingt-quatre ans ;
- le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée résulte de ce que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tenant à la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors que sa situation n'entre pas dans les prévisions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas établie dès lors que l'arrêté prévoit la délivrance au requérant d'une autorisation provisoire de séjour valable six mois, soit jusqu'au 30 novembre 2024, et qu'au surplus, l'intéressé est à l'origine de la situation d'urgence qu'il invoque dès lors qu'il ne s'est pas présenté à la convocation du 4 novembre 2024 en vue du renouvellement de cette autorisation provisoire de séjour ;
- l'arrêté n'est entaché d'aucun doute sérieux quant à sa légalité.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 12 octobre 2024 sous le n° 2427376 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Truilhé, président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, en présence de Mme Henry, greffière d'audience, le rapport de M. Truilhé, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain, né le 21 août 1974 à Bouarfa (Maroc), entré en France le 28 mai 2000 selon ses déclarations, s'est vu délivrer une carte de résident valable du 12 septembre 2013 au 11 septembre 2023 sur le fondement de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a sollicité le renouvellement. Par arrêté du 30 août 2024, notifié le 7 septembre 2024, le préfet de police de Paris lui a retiré sa carte de résident sur le fondement de l'article L. 432-4 du même code. Par la présente requête, enregistrée le 9 novembre 2024, M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté, dont il a demandé l'annulation par une requête enregistrée le 12 octobre 2024 sous le n° 2427376.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
S'agissant de l'urgence :
3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de ce refus sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, M. B demandant la suspension de l'arrêté du 30 août 2024 par laquelle le préfet de police de Paris lui a retiré sa carte de résident, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité est présumée. Si le préfet de police fait valoir que l'arrêté prévoit la délivrance au requérant d'une autorisation provisoire de séjour valable six mois, soit jusqu'au 30 novembre 2024, et qu'au surplus, l'intéressé est à l'origine de la situation d'urgence qu'il invoque dès lors qu'il ne s'est pas présenté à la convocation du 4 novembre 2024 en vue du renouvellement de cette autorisation provisoire de séjour, il résulte de l'instruction que le délai de validité de l'autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail qui a été délivrée à M. B le 31 octobre 2024, soit juste avant la convocation dont le préfet fait état, ne s'étend pas au-delà du 30 novembre 2024 et le préfet n'apporte aucune précision sur le délai de validité de l'autorisation provisoire de séjour qui aurait été délivrée à l'intéressé s'il s'était présenté à ladite convocation. Dans ces conditions, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
S'agissant du doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. Aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. / (). "
6. En l'espèce, M. B a été informé, par un courrier en date du 23 août 2024, notifié le 3 septembre 2024 par lettre recommandée avec accusé de réception, de l'intention du préfet de police de Paris de lui retirer sa carte de résident. Par ce courrier, le préfet de police invitait M. B " pour [lui] permettre de prendre cette décision en toute connaissance de cause et conformément aux dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, () de bien vouloir [lui] faire connaitre [ses] observations écrites dans un délai de quinze jours à compter de la réception de la présente lettre ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté par lequel le préfet de police a retiré sa carte de résident à M. B a été pris en date du 30 août 2024 et notifié le 7 septembre 2024, sans respecter le délai de quinze jours nécessaire au respect du contradictoire. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de police a entaché sa décision d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de légalité, M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 30 août 2024 par lequel le préfet de police a procédé au retrait de sa carte de résident, au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond enregistrée sous le n° 2427376.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. L'exécution de la présente ordonnance implique que le préfet de police procède au réexamen de la situation de M. B, à titre provisoire dans l'attente du jugement de la requête au fond n° 2427376, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et lui renouvelle en tant que de besoin, à son expiration, l'autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué sur ladite requête au fond.
Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au profit de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 30 août 2024 par lequel le préfet de police a procédé au retrait de la carte de résident de M. B est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond enregistrée sous le n° 2427376.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. B, à titre provisoire dans l'attente du jugement de la requête au fond n° 2427376, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui renouveler en tant que de besoin, à son expiration, l'autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué sur ladite requête au fond.
Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 20 novembre 2024.
Le juge des référés,
J-C. TRUILHÉ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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