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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2430159

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2430159

mardi 25 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2430159
TypeDécision
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantNAMIGOHAR

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C, ressortissant algérien, contestant l'arrêté du 31 octobre 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour pour douze mois. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, une délégation de signature ayant été régulièrement accordée. Il a également rejeté la demande d'aide juridictionnelle provisoire, faute de demande préalable. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. C, sans qu'il soit fait droit à ses demandes d'annulation et d'injonction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 novembre 2024 et 15 janvier 2025, M. A C, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 31 octobre 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la signification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

* S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- les décisions sont entachées d'une incompétence de leur auteur

* S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une absence d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

* S'agissant du refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- il est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français:

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet a méconnu les dispositions des articles R. 511-4 et R. 511-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant ses conséquences sur la situation de l'intéressé

Par un mémoire en défense enregistré le 17 décembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Par une ordonnance du 17 janvier 2025, la clôture d'instruction a été reportée au 10 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Bailly a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 26 août 1991, est entré en France en février 2024 selon ses déclarations. Le 31 octobre 2024 il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits d'escroquerie. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la même durée. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait formulé une demande d'aide juridictionnelle. Sa demande ne peut, par suite, qu'être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur le moyen commun à toutes les décisions :

3. Par un arrêté n° 2024-3958 du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 24 octobre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à M. B D, chef du pôle d'instruction et de mise en œuvre des mesures d'éloignement, délégation à l'effet de signer les décisions et arrêtés ressortissants à leurs attributions respectives. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement et il ressort de ses termes que le préfet de la Seine-Saint-Denis a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Les moyens tirés du défaut de motivation de la décision et du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doivent, par suite, être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire, sans charge de famille en France et que son entrée en France est récente. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie familiale et normale. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales comme celui de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doivent être écartés.

7. Enfin, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien est inopérant dès lors que l'arrêté porte uniquement obligation de quitter le territoire français et n'est pas pris à la suite d'une demande d'admission au séjour.

Sur le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, le requérant n'établissant pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire doit être écartée.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ", de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (.) ".

10. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé d'une part sur la circonstance qu'il représente une menace à l'ordre public et d'autre part sur la circonstance qu'il ne présente pas de garantie de représentation et qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal d'audition du 31 octobre 2024 qu'il a déclaré n'être détenteur d'aucun document d'identité. Le préfet pouvait légalement, pour les seuls motifs que l'intéressé ne présente pas de garanties de représentation et qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, lui refuser un délai de départ volontaire. Par suite, c'est sans erreur d'appréciation ni méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé à M. C un délai de départ volontaire.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont motivées. ".

12. La décision refusant M. C un délai de départ volontaire vise l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la présente décision dès lors qu'il ne présente pas de garantie de représentation. Elle est ainsi suffisamment motivée.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, le requérant n'établissant pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doit être écartée.

14. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

15. Le requérant n'apporte aucun élément ni aucune précision concernant les menaces auxquelles il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, le requérant n'établissant pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écartée.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ". Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

18. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant interdiction de retour de M. C pour une durée de douze mois est motivée par la circonstance que le comportement de l'intéressé, qui a été interpellé pour des faits d'escroquerie, constitue une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

19. En troisième lieu, les dispositions de l'article R. 511-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article R. 613-6 du même code, définissent les informations, figurant notamment à l'article R. 511-4 du même code, devenu l'article R. 711-1, qui doivent être communiquées à un étranger faisant l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français, en prévoyant que ces informations sont délivrées postérieurement au prononcé de l'interdiction de retour. Dès lors, l'éventuelle méconnaissance de ces dispositions est sans incidence sur la légalité de l'interdiction de retour qui s'apprécie à la date de son édiction. Le moyen tiré du vice de procédure en raison d'une méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté comme inopérant.

20. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, il ne l'établit pas en se prévalant de sa présence sur le territoire depuis février 2024.

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté susvisé du préfet de la Seine Saint Denis du 31 octobre 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Namigohar et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Marthinet, premier conseiller,

M. Rannou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2025.

La présidente rapporteure,

Signé

P. Bailly L'assesseur le plus ancien,

Signé

L. Marthinet

Le greffier,

Signé

Y. Fadel

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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