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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2430633

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2430633

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2430633
TypeDécision
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de refus de renouvellement de titre de séjour de M. C, ressortissant malien. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car l'autorisation de travail de l'intéressé avait expiré et qu'il avait tardé à saisir le tribunal (requête déposée en novembre 2024 pour une décision née en octobre 2023). La solution retenue repose sur l'absence de justification d'une atteinte grave et immédiate à sa situation, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 421-3 du CESEDA et 8 de la CESDH.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 novembre 2024, M. B C, représenté par Me Nawel Gafsia, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision implicite du 7 octobre 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de sept jours après la décision à intervenir, par application des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;

2°) de mettre à la charge de l'État (Préfet de police) une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que :

o il a demandé le renouvellement de son titre de séjour à la date du 7 juin 2023 et s'est vu délivrer un récépissé à cette date ;

o depuis cette date, il ne s'est pas vu délivrer de carte de séjour temporaire mention " travailleur temporaire " ;

o une décision implicite de refus de renouvellement de son titre de séjour est nées à la date du 7 octobre 2023 ;

o son employeur exige un titre de séjour afin de le maintenir au sein de l'entreprise de continuer de lui proposer des missions ;

- le doute sérieux est caractérisé dès lors que :

o la décision méconnaît l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o la décision est entachée d'erreur manifeste ;

o la décision méconnaît l'article 8 de la CESDH.

Le préfet de police à qui la requête a été communiquée n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces le 26 novembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 novembre 2024 sous le numéro 2430634 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 27 novembre 2024 en présence de Mme Timite, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu les observations de Me Gafsia, le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant malien né le 31 décembre 1961 à Kayes (Mali), est arrivé en France, selon ses dires, en 2005 et a été titulaire de plusieurs cartes de séjour temporaires avec la mention " travailleur temporaire " dont la dernière a expiré le 2 août 2023. Il en a demandé le renouvellement le 7 juin 2023 et s'est alors vu délivrer des récépissés dont le dernier a expiré le 6 décembre 2023. Dans ce cadre, son employeur avait obtenu une autorisation de travail en sa faveur valable du 29 juillet 2023 au 28 juillet 2024. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre la décision implicite, née du silence gardé par le préfet de police, sur la demande de renouvellement de son titre de séjour.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de ce refus sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Pour justifier de l'urgence, M. C invoque la présomption existant en cas de refus de renouvellement de titre de séjour, qu'une décision implicite de rejet est née depuis le 7 octobre 2023 et que son employeur, par un courrier en date du 3 octobre 2024, lui a indiqué que, faute pour lui de détenir un titre de séjour valide, il ne serait pas en mesure de lui confier de nouvelles missions. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que, à la date de la présente décision, le préfet de police ne dispose plus d'une autorisation de travail en vigueur concernant M. C, dès lors que la seule autorisation de travail produite par l'intéressé a expiré depuis le 28 juillet 2024. D'autre part, il est constant que M. C n'a saisi le juge des référés que le 19 novembre 2024 alors que son dernier titre de séjour a expiré le 2 août 2023, que son autorisation de travail est expiré depuis le 28 juillet 2024 et que, ainsi qu'il le reconnaît, la décision implicite de rejet dont la suspension est demandée est née le 7 octobre 2023.

5. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, la présomption d'urgence qui s'attache à un refus de renouvellement est renversée et cette condition ne peut être regardée comme satisfaite au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter pour défaut d'urgence l'ensemble des conclusions de la requête en référé présentée par M. C.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 2 décembre 2024.

Le juge des référés,

J-Ch. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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