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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2430904

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2430904

mercredi 7 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2430904
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B, ressortissant malien, qui contestait l'arrêté du préfet de police du 9 octobre 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour pour soins, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de renvoi. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière. Sur le fond, il a jugé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était pas fondé, le requérant n'apportant pas d'éléments suffisants pour contredire l'avis du collège de médecins de l'OFII. La requête a donc été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2024, M. D B, représentée par Me Jovy, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, la mention " salariée ", dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour sur laquelle elle est fondée ;

- méconnaît l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation individuelle ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est entachée d'incompétence ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée.

Par un mémoire, enregistré le 3 décembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cicmen a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien, né le 6 janvier 1976, a demandé au préfet de police le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 octobre 2024, le préfet de police a rejeté cette demande, a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite en cas d'exécution d'office de cette mesure. M. B demande au Tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° 2024-01455 du 1er octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, le préfet de police a donné délégation à M. C A, attaché d'administration hors classe de l'Etat, adjoint à la cheffe du pôle de l'instruction des demandes de titres de séjour, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'a été signé l'arrêté comportant les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et qu'il ait effectivement accès à ces soins. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Pour refuser à M. B le renouvellement d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de police a estimé, en s'appuyant sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Mali, bénéficier d'un traitement approprié dans ce même pays. M. B se borne à se prévaloir de son impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine au motif que le système de soin concernant sa pathologie, l'hépatite B, n'a pu, de façon évidente, évolué au Mali. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni même qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. B, né le 6 janvier 1976, soutient qu'il est présent en France depuis quatorze ans, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il est inséré professionnellement et socialement et est atteint de graves problèmes de santé. Les pièces, en particulier d'ordre médical, produites par le requérant permettent d'établir sa présence depuis l'année 2011. Par ailleurs, le requérant établit avoir occupé un emploi intérimaire d'ouvrier du mois de mai à novembre 2020, un emploi d'agent d'entretien en janvier 2021, un emploi d'agent de tri pour l'entreprise Adecco de juillet 2022 à avril 2024, et avoir occupé un emploi de conducteur routier depuis le mois d'avril 2024. De surcroît, l'intéressé produit un bulletin n° 3 de casier judiciaire, délivré le 28 octobre 2024, ne mentionnant pas de condamnations. Toutefois, il est constant que M. B, qui peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Mali, bénéficier d'un traitement approprié dans ce même pays, est célibataire et sans charge de famille en France. Par ailleurs, l'intéressé n'allègue pas de liens privés en France. De surcroit, il n'assortit ni de précisions ni de pièces permettant d'apprécier la portée des allégations relatives à son insertion sociale. Enfin, l'arrêté contenant la décision attaquée mentionne, sans que cela soit contesté, que l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-et-un an et que ses deux enfants nés en 2005 et 2009, de nationalité malienne, et sa fratrie résident à l'étranger. Ainsi, le préfet de police n'a pas, en rejetant la demande de titre de séjour présentée par M. B, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes raisons que celles exposées précédemment, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait entaché la décision en litige d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision par laquelle le préfet du Police a refusé à la requérante la délivrance d'un titre de séjour n'est pas illégale. Par suite, M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle l'obligeant à quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, pour prendre la décision attaquée, le préfet de police ne s'est pas fondé sur les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant ne peut dès lors utilement invoquer une erreur d'appréciation au regard des dispositions de cet article.

10. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées au point 7, M. B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police aurait entaché la décision en litige d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui précède que la décision par laquelle le préfet de police a fait obligation au requérant de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle fixant le pays de destination.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 9 octobre 2024. Par voie de conséquence, les conclusions accessoires de la requête doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Ladreyt, président,

- M. Cicmen, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2025.

Le rapporteur,

D. Cicmen

Le président,

J.-P. LadreytLa greffière,

A. Gomez Barranco

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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