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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2430962

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2430962

mercredi 7 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2430962
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris annule l'arrêté du préfet de police du 26 septembre 2024 refusant un titre de séjour à Mme B, ressortissante algérienne, et lui faisant obligation de quitter le territoire. Le tribunal retient que le préfet a examiné la demande sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, alors que l'intéressée avait sollicité une admission exceptionnelle au séjour, sans que cette demande soit instruite ni mentionnée dans l'arrêté. Ce défaut d'examen circonstancié de sa situation constitue un vice de légalité. Le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois et condamne l'État à lui verser 1 200 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Hervet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour renouvelable jusqu'à obtention de son diplôme universitaire, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cicmen a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérien née le 31 juillet 1989, entrée en France le 2 juillet 2023 selon ses déclarations, sous couvert d'un visa Schengen court séjour, a déposé le 5 juin 2024 une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 26 septembre 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué du 26 septembre 2024, que Mme B a sollicité, le 5 juin 2024, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, que le préfet de police a procédé à l'instruction de la demande de la requérante sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord précité, puis considéré qu'elle n'en remplissait pas les conditions. Il ressort des termes de cet arrêté que le préfet de police a également examiné la situation de la requérante à l'aune de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 8, et a considéré que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, en lui refusant le séjour il n'était pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée à sa vie privée et familiale. Toutefois, Mme B indique dans ses écritures qu'elle n'a pas sollicité la délivrance un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien mais a demandé, ainsi qu'elle y avait été invitée par un agent de guichet, son admission exceptionnelle au séjour. A l'appui, elle produit la confirmation de dépôt, le 5 juin 2024, d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour. A cet égard, l'arrêté attaqué ne mentionne pas le dépôt de cette demande, ni son instruction, ni même son rejet. Par suite, le préfet de police n'a pas procédé à un examen circonstancié de la situation de Mme B, qui est fondée à demander pour ce motif, l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2024, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

3. L'exécution du présent jugement implique que le préfet territorialement compétent réexamine la situation de Mme B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du préfet de police du 26 septembre 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Ladreyt, président,

- M. Cicmen, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2025.

Le rapporteur,

D. Cicmen

Le président,

J.-P. LadreytLa greffière,

A. Gomez Barranco

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2430962/6-3

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