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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2431031

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2431031

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2431031
TypeDécision
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du préfet de police du 5 novembre 2024 retirant le titre de séjour de M. A et l'obligeant à quitter le territoire français. Le juge a considéré que la condition d'urgence était présumée remplie s'agissant d'un retrait de titre de séjour. Cependant, il a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment l'incompétence, le défaut de motivation, l'erreur de droit ou la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 22 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Razafindratsima, demande au juge des référés sur le fondement L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté en date du 5 novembre 2024 par lequel le préfet de police a retiré son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de communiquer l'ensemble des documents sur lesquels le préfet de police a fondé son arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et ce, jusqu'à ce que l'autorité judiciaire ait définitivement statué sur son recours fondé sur les articles 375 et suivants du code civil ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors se trouve dans une situation irrégulière et précaire ;

- la condition relative au doute sérieux quant à la légalité de la décision est rempli :

- dès lors que la décision est entachée d'une incompétence de l'auteur ;

- dès lors que la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- dès lors que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- dès lors que la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- dès lors que la décision méconnaît l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- dès lors que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de l'arrêté.

Le préfet de police a transmis des pièces complémentaires enregistrées le 27 novembre 2024.

Vu :

- la requête, enregistrée le 22 novembre 2024, sous le n°2431029 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée ;

- les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ladreyt pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 27 novembre 2024 en présence de Mme Darthout, greffière d'audience, M. Ladreyt a lu son rapport.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- les observations de Me Razafindratsima représentant de M. A, présent, qui a lui-même présenté des observations ;

- e les observations de Me Khan, représentant le préfet de police.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien, né le 31 décembre 1973 à Guidimakan Keri Kafo au Mali est entré en France en 2017. Il a été admis exceptionnellement au séjour et s'est vu délivrer une carte de séjour " salarié " valable du 20 décembre 2022 au 19 décembre 2023. Cette carte a été renouvelée jusqu'au 19 décembre 2024. Par un courrier en date du 27 août 2024, le préfet de police a informé M. A qu'il allait procéder au retrait de son titre de séjour en raison de la présentation d'un faux titre de séjour à une caisse primaire d'assurance maladie. Par un courrier en date du 11 septembre 2024, M. A a transmis ses observations dans le cadre de la procédure contradictoire. Par un arrêté en date du 5 novembre 2024, le préfet de police a procédé au retrait du titre de séjour de M. A et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

En ce qui concerne l'urgence :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'espèce, M. A se trouve, consécutivement à la décision de retrait de son titre de séjour, dans une situation de précarité juridique et matérielle qui justifie l'application à son égard la présomption d'urgence résultant de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. Il résulte de l'instruction qu'un titre de séjour frauduleux au nom de M. A a été utilisé auprès d'une caisse primaire d'assurance maladie. Toutefois, le préfet de police se borne à rappeler ce fait sans établir que M. A serait à la source de cette fraude alors que, de son côté, le requérant apporte des éléments, notamment une fiche de paie, tendant à démontrer qu'il n'est pas l'auteur de cette fraude. Dès lors, M. A est fondé à demander la suspension de la décision de retrait de sa carte de séjour et de son obligation de quitter le territoire français au motif que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la situation de M. A dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en revanche, de faire droit aux autres conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1 : L'exécution de l'arrêté en date du 5 novembre 2024 est suspendue.

Article 2 : Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la situation de M. A dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur. Copie sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 4 décembre 2024.

Le juge des référés

J.-P. Ladreyt

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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