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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2431037

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2431037

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2431037
TypeDécision
Avocat requérantCABINET SP AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de refus de délivrance d’une carte de résident présentée par Mme D, ressortissante malienne, au motif que la condition d’urgence n’était pas remplie. Le juge a relevé que le préfet de police avait délivré à l’intéressée, après l’introduction de la requête, une attestation de prolongation d’instruction valable trois mois, ce qui faisait obstacle à ce que la situation soit regardée comme présentant un préjudice grave et immédiat. La requête a ainsi été rejetée, sans qu’il soit besoin d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 22 novembre et 2 décembre 2024, Mme B D, représentée par Me Selvinah Pather du cabinet SP avocats, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de la décision implicite de refus de délivrance d'une carte de résident en qualité de parent de réfugié, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer, à titre provisoire, une carte de résident en qualité de réfugié dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet territorialement compétent de réexaminer son droit au séjour et de statuer par une décision explicite, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à venir ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'elle a déposé sa demande il y a près d'un an et que, sans réponse, elle est privée de la possibilité de faire valoir ses droits et est privée de toute ressource ;

- le doute sérieux est caractérisé dès lors que :

o la décision est insuffisamment motivée ;

o elle est entachée d'une erreur de droit au regarde de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle méconnaît l'article 8 de la CEDH et l'article 3-1 de la CIDE.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, le Préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que l'intéressé a été muni le 28 novembre 2024 d'une attestation de prolongation d'instruction, d'une durée de validité de trois mois.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 22 novembre 2024 sous le numéro 2431036 par laquelle Mme D demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gracia, vice-président de section pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Drai, greffier d'audience, M. Gracia a lu son rapport et entendu les observations de Me Macarez, représentant Mme D, qui maintient ses conclusions, le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante malienne né le 19 février 1980 a obtenu délégation de l'autorité parentale par jugement du 16 mars 2023 du TJ de Nanterre sur sa petite fille, Mme C A. Celle-ci a obtenu le statut de réfugié par décision du 30 juin 2023 de l'OFPRA. Mme D a sollicité son admission au séjour le 8 décembre 2023 en qualité de parent de réfugiée. La requérante, qui fait valoir que le silence gardé par le préfet de police sur sa demande de titre de séjour a fait naître une décision implicite de rejet, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision implicite.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, eu égard aux délais dans lesquels le juge des référés doit statuer, de prononcer l'admission de Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Pour justifier de l'urgence, Mme D se prévaut de ce qu'elle doit se voir délivrer de plein droit une carte de résident en qualité de parent d'une enfant bénéficiaire du statut de réfugié, de la circonstance qu'elle est en situation irrégulière et ne peut faire valoir ses droits.

6. Il résulte toutefois de l'instruction que le préfet de police a, postérieurement à l'introduction de la requête, délivré à Mme D une nouvelle attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour d'une durée de validité de trois mois, valable du 28 novembre 2024 au 27 février 2025. Ainsi, à la date de la présente ordonnance, à laquelle doit être appréciée la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, cette condition ne peut être regardée comme étant remplie, dès lors que la requérante est titulaire d'une attestation qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français et d'y exercer une activité professionnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme D aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D, à Me Selvinah Pather et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 3 décembre 2024.

Le juge des référés,

J.-Ch. GRACIA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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