vendredi 29 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2431245 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 novembre 2024, M. D demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de police de suspendre l'exécution de l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel il a décidé de son expulsion du territoire français à destination du pays dont il a la nationalité, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- il est placé en rétention depuis sa sortie de prison, un vol est prévu pour la Tunisie le
2 décembre 2024 ;
- l'arrêté par lequel le préfet de police a décidé de son expulsion nuit de manière grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale.
Sur l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 3 juillet 2024 portant expulsion et fixation du pays de destination :
- l'arrêté n'a pas été pris par une personne ayant reçu compétence pour ce faire ;
- la décision en litige n'est pas motivée ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen personnel, entré mineur sur le territoire français, il réside en France depuis 23 ans avec l'ensemble de sa famille et sa carte de résident qui était valable jusqu'en 2025 lui a été retirée, implicitement, de manière irrégulière ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté d'expulsion, fondé sur le retrait irrégulier de sa carte de résident est illégal ;
- s'agissant de la décision de fixation du pays de destination, qui est une mesure distincte, la décision n'est pas motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'expulsion.
Des pièces présentées par le préfet de police ont été enregistrées le 28 novembre 2024 et communiquées.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 23 octobre 2024 sous le numéro 2428398 par laquelle M. D demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 29 novembre 2024, à 14 h30, tenue en présence de M. Patfoort, greffier d'audience, Mme C A a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. D, qui reprend les éléments contenus dans sa requête et invoque une présence et une scolarité en France depuis 2001 et fait valoir les difficultés personnelles qui l'ont conduit à une addiction alcoolique et à un parcours personnel difficile ;
- les observations de Me Zerad, substituant Me Tomasi, pour le préfet de police qui fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est de nature à mettre en évidence un doute sur la légalité de l'arrêté portant expulsion du territoire français de M. D.
La clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Par un arrêté du 3 juillet 2024, pris après avis favorable de la commission d'expulsion, le préfet de police a décidé de l'expulsion du territoire français, à destination du pays dont il a la nationalité, de M. D, ressortissant tunisien, né le 7 novembre 1996, entré en France en 2001 alors qu'il était mineur. M. D, placé au centre de rétention de Paris Vincennes après la levée d'écrou le 22 octobre 2024, et pour lequel l'exécution de la mesure d'expulsion précitée est prévue le 2 décembre 2024, faisant suite à son emprisonnement ferme, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté, jusqu'à ce qu'il y soit statué au fond.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ". D'autre part, aux termes de l'article
L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ".
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Si M. D justifie d'une situation d'urgence, aucun des moyens invoqués n'est de nature, en l'état de l'instruction, à établir l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté d'expulsion dont il fait l'objet. Par suite, ses conclusions aux fins de suspension de l'arrêté en litige doivent être rejetées, de même que ses conclusions aux fins d'application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et au préfet de police.
Copie sera adressée à la présidente de l'association service social familial migrants.
Fait à Paris, le 29 novembre 2024.
La juge des référés,
V. C A
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.