mardi 4 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2431263 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | BERBAGUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2024, M. D A, représenté par Me Berbagui, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2024 par lequel le préfet de police lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable de sa situation administrative, en particulier au regard de la procédure de demande de titre de séjour pendante auprès de la préfecture et des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il possède en France la majorité de sa famille et y exerce une activité professionnelle et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'absence de titre de séjour est un motif insuffisant pour fonder la décision attaquée, dès lors qu'il ne constitue, en outre, pas une menace à l'ordre public ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 28 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 9 janvier 2025.
Par une décision du 10 décembre 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Ostyn a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant marocain né le 26 décembre 1996, entré en France en 2020 ou en septembre 2022 selon ses déclarations, a fait l'objet, par arrêté du préfet de police du 24 juin 2023, d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours. M. A s'étant maintenu sur le territoire français après l'expiration de ce délai, le préfet de police a édicté à son encontre, par arrêté du 18 novembre 2024, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, dont le requérant demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-01455 du 1er octobre 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture sous le n° 75-2024-625, le préfet de police a donné à M. B C, attaché de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, M. A fait valoir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen préalable de sa situation administrative, en particulier au regard de la procédure de demande de titre de séjour pendante le concernant et des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, en vertu desquels il bénéficie d'un droit au séjour. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen de la situation du requérant avant d'édicter la mesure attaquée. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait pris rendez-vous auprès de la préfecture, aux fins d'obtention d'un titre de séjour. Enfin, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne font pas obligation au préfet de police de procéder à la vérification du droit au séjour de l'étranger avant l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français consécutive au maintien sur le territoire d'un étranger en violation du délai de départ volontaire assortissant l'obligation de quitter le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen préalable de la situation administrative de M. A ne peut qu'être écarté.
4. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
5. En l'espèce, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. S'agissant des considérations de droit, elle vise les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de viser l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, lequel ne régit pas entièrement le droit au séjour des ressortissants marocains. S'agissant des considérations de fait, elle mentionne que M. A allègue être entré sur le territoire français en septembre 2022, qu'il ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant constaté qu'il se déclare célibataire sans enfant à charge et qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise par le préfet de police le 26 juin 2023, à laquelle il s'est soustrait. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut, ainsi, qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
6. En premier lieu, M. A fait valoir que la décision attaquée porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il possède en France la majorité de sa famille et exerce une activité professionnelle, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Cependant, il ne produit à l'appui de sa requête, qui comporte au demeurant des éléments contradictoires sur sa situation professionnelle, affirmant qu'il exerce une activité tantôt dans le domaine du bâtiment, tantôt dans le secteur de la restauration, aucun élément de nature à établir le bien-fondé de ses allégations. Par suite, le présent moyen ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ".
8. Il ressort des dispositions citées au point précédent que le préfet de police a pu, à bon droit, édicter une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. A, dès lors qu'il a constaté que celui-ci s'était maintenu sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire énoncé par l'arrêté du 24 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français, ce que l'intéressé ne conteste pas.
9. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant, dès lors que la décision attaquée ne porte pas obligation de quitter le territoire français mais interdiction de retour sur le territoire français.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte, présentées par M. A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Berbagui et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.
La rapporteure,
Signé
I. OSTYN
Le président,
Signé
J.-C. TRUILHÉ
La greffière,
Signé
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026